Le rapport des experts des Nations Unies, publié le 2 juillet 2025, met en lumière une augmentation massive et non coordonnée de la présence militaire ougandaise en République Démocratique du Congo (RDC), suscitant de vives inquiétudes sur le respect de la souveraineté congolaise et les intentions réelles de Kampala.
Un effectif qui dépasse les 6 000 soldats
Selon le rapport, les Forces de Défense du Peuple Ougandais (UPDF) ont doublé leurs effectifs sur le territoire congolais en moins d’un an. Ce redéploiement, présenté par l’Ouganda comme une réponse à l’avancée de la coalition AFC/M23 et des Forces rwandaises de défense (RDF) vers Lubero, au Nord-Kivu, s’est opéré sans consultation formelle avec Kinshasa.
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En février 2025, plus de 1 000 soldats ougandais ont été envoyés dans le sud de Lubero.
D’autres contingents ont été positionnés le long de l’axe Lubero-Butembo et dans plusieurs zones de l’Ituri, notamment à Bunia, Mahagi et Djugu.
Au total, les effectifs additionnels pour l’année en cours s’élèveraient à plus de 3 000 hommes.
Ainsi, depuis le lancement de l’Opération Shujaa en 2021, le nombre total de militaires ougandais en RDC dépasse désormais les 6 000, alors que seulement 2 000 avaient été notifiés officiellement par le passé.
Un déploiement unilatéral dénoncé
Le rapport déplore un manque de coordination avec les autorités congolaises. Contrairement au cadre initial de l’Opération Shujaa, les nouvelles troupes auraient été déployées sans approbation préalable de Kinshasa. Cette approche unilatérale soulève des inquiétudes quant au respect de la souveraineté de la RDC.
Kampala justifie sa présence accrue par une stratégie de « défense avancée » destinée à protéger ses intérêts sécuritaires. Toutefois, les modalités de ce redéploiement nourrissent les soupçons sur la finalité réelle de l’opération.
Efficacité contestée et soupçons de partialité
Malgré l’ampleur du déploiement, le rapport note l’absence de progrès significatifs dans la lutte contre les ADF, groupe armé pourtant ciblé par l’Opération Shujaa. En revanche, la présence de l’UPDF près des positions de l’AFC/M23 et des RDF dans le sud de Lubero jette le doute sur sa neutralité. Des précédents rapportent un soutien tacite de certains éléments ougandais au M23.
L’UPDF aurait réussi à bloquer l’avancée du M23 vers Kisangani, mais par la voie diplomatique plutôt que par une confrontation militaire. Sa présence au nord de Lubero a indirectement favorisé la progression du M23 vers Walikale, en créant une zone tampon.
Les déclarations du général Muhoozi Kainerugaba, soulignant sa proximité avec le président rwandais Paul Kagame et les RDF, ne font qu’accentuer les doutes sur l’alignement stratégique de l’Ouganda.
Vers une clarification nécessaire
La révélation d’un déploiement de plus de 6 000 soldats ougandais en RDC, en grande partie sans l’aval du gouvernement congolais, constitue un développement préoccupant. Le rapport des Nations Unies appelle à une clarification immédiate des intentions de Kampala et à une meilleure coordination régionale, afin d’éviter une aggravation de la crise sécuritaire dans l’Est congolais.
Guyvanant Misenge
