Une tension vive oppose actuellement le Directeur général et le Directeur administratif et financier (DAF) de l’Office d’Équipement Banana-Kinshasa (OEBK). En cause : un paiement effectué en faveur de la Directrice générale, Gloria Tuluka Nzuzi, concernant des réparations de son véhicule ainsi que l’achat de pièces de rechange. Après vérification, le DAF, Faustin Madja Mukoko, a affirmé que certaines créances présentées ne disposaient pas de pièces justificatives.
Or, selon Mme Gloria Tuluka Nzuzi, ce paiement a été effectué sur la base de pièces justificatives « dûment vérifiées et approuvées » par le DAF lui-même. C’est sur cette base que les services financiers ont établi un tableau récapitulatif de toutes les créances concernant la Directrice générale — tableau qui reprenait même d’anciennes créances oubliées par la bénéficiaire. Ce document, signé par le DAF et préalablement validé, est dûment annexé au dossier comptable.
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Dans ces conditions, soutenir aujourd’hui qu’aucune facture n’a été introduite relève d’une « mauvaise foi manifeste », doublée d’une erreur administrative grave. Cela dénote une légèreté inquiétante au sein d’un service financier censé incarner la rigueur et assurer la traçabilité comptable. Plus grave encore : ce service, défaillant, cherche à accuser d’autres pour masquer ses propres manquements, en contradiction flagrante avec la loi n°11/11 du 13 juillet 2011 relative aux finances publiques, qui impose la conservation stricte des pièces justificatives de toute dépense publique.
L’irrégularité est d’autant plus grave que le DAF a procédé au paiement de ces créances « sur base de documents qu’il prétend aujourd’hui absents ». D’où la question essentielle :
« Comment avez-vous pu autoriser un paiement sans pièces justificatives ? »
Un tel acte constitue une irrégularité financière majeure, assimilable à une faute lourde de gestion, pouvant entraîner des sanctions disciplinaires et pénales.
Plus encore, après avoir constaté en interne la perte des pièces justificatives, le DAF aurait demandé à l’ancien assistant de Mme Gloria Tuluka de « reconstituer de fausses factures » afin de régulariser sa propre négligence. Face à cette demande frauduleuse, la Directrice générale a opposé un refus catégorique, cette pratique tombant sous le coup des infractions d’usage de faux et de falsification, sévèrement réprimées par les articles 124 et 125 du Code pénal, Livre III.
Une telle faute, commise par un cadre censé garantir la discipline financière, révèle une dérive morale préoccupante au sein de la Direction des finances de l’OEBK. Elle traduit un manque de loyauté envers l’institution, en violation des textes organisant l’OEBK et de l’arrêté portant nomination du DAF, mais aussi un mépris des principes fondamentaux de bonne gouvernance.
Et ce comportement ne serait pas isolé. Mme la DG évoque d’autres dérives imputées au DAF :
« Vous avez fait bénéficier certains agents de crédits à moyen et long terme sur base de décomptes finaux volontairement truqués et gonflés, exposant ainsi l’OEBK à de graves risques financiers, notamment en cas de départ anticipé des bénéficiaires. Ces faits sont aisément vérifiables auprès des agents concernés ainsi qu’auprès des banques. »
Alors que le comité de gestion est dans sa troisième année de mandat, le DAF aurait personnellement contracté, en qualité de mandataire, et fait octroyer à d’autres agents, des crédits bancaires allant jusqu’à cinq ans, alors qu’il ne lui reste que deux ans de mandat effectif — sauf reconduction éventuelle par l’autorité de tutelle.
Une telle démarche traduit une « mauvaise foi administrative », un abus de position et une mise en péril de la stabilité financière future de l’OEBK, en violation de l’article 38 de la loi n°78-002 du 6 janvier 1978 portant dispositions générales applicables aux entreprises publiques.
Ces faits témoignent d’un manque flagrant de moralité dans la gestion de la chose publique, d’une absence de conscience budgétaire et d’une gestion clientéliste rappelant tristement les erreurs du passé — erreurs qui ont déjà fragilisé la trésorerie de l’OEBK, lequel survit aujourd’hui grâce à ses seules recettes journalières, sans la moindre réserve stratégique.
Gauthier Sey
