C’est une onde de choc sans précédent qui frappe la République démocratique du Congo (RDC). Le mardi 30 septembre, l’ancien président Joseph Kabila a été condamné à la peine capitale par la Haute Cour militaire de Kinshasa. Reconnu coupable de trahison et de participation à un mouvement insurrectionnel sous l’étiquette de « chef de la coalition armée AFC/M23 », l’ex-chef d’État fait face à une sentence historique. Cette décision judiciaire, inédite dans le paysage politique congolais, ne se limite pas à l’individu : elle met directement en péril l’équilibre politique, les pourparlers de paix en cours et l’avenir même du pays.
Il convient toutefois de rappeler un paradoxe juridique : si la peine de mort est toujours prononcée en RDC, un moratoire d’exécution est en vigueur depuis 2003. La condamnation de Joseph Kabila sera donc très probablement commuée en réclusion à perpétuité. Néanmoins, le signal politique est clair. Le choix de la Haute Cour militaire, plutôt qu’une juridiction civile, souligne la gravité des charges liées à la sécurité nationale et à l’insurrection.
L’ombre du verdict sur les négociations de Doha
La condamnation intervient alors que la coalition AFC/M23, que la justice accuse Kabila de diriger, est engagée dans des pourparlers de paix au Qatar. Ce verdict a immédiatement jeté un froid sur ces négociations.
L’AFC/M23 avait averti la médiation que la condamnation risquait de briser la confiance. Avec la sentence prononcée, cette crainte est devenue réalité. Un cadre du mouvement estime que le président Tshisekedi, après être arrivé au pouvoir grâce à un accord controversé avec Kabila, cherche désormais à les « écraser ». Le procès est perçu comme la rupture définitive de leur pacte initial.
Bertrand Bisimwa, coordonnateur adjoint de l’AFC/M23, affirme que la condamnation viole la Déclaration des principes de Doha et sera désormais « sur la table des négociations », reflétant la logique de confrontation qui anime les combats sur le terrain. Résultat : la confiance s’effrite et la voie vers une résolution pacifique se complique dramatiquement.
La riposte du clan Kabila : un « acte politique » et un serment maintenu
Le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), par la voix de son secrétaire permanent Emmanuel Ramazani Shadary, dénonce une « décision politique ». Malgré l’exil et l’affaiblissement du parti à Kinshasa, Joseph Kabila demeure « un acteur politique majeur et incontournable pour l’avenir de la RDC ».
L’entourage de l’ancien président rappelle ses déclarations passées :
« Militaire, j’ai juré de défendre jusqu’au sacrifice suprême… je demeure plus que jamais fidèle à ce serment ».
Il se positionne ainsi comme une figure investie de la paix et de la reconstruction, même au-delà de son pouvoir.
Entre diplomatie et stratégie de rupture
Aujourd’hui en exil, Joseph Kabila mise sur ses réseaux internationaux. Conscient de l’affaiblissement du PPRD et de la surveillance accrue de ses cadres, il multiplie les déplacements en Afrique de l’Est et australe pour obtenir le soutien de chefs d’État régionaux, craignant que l’instabilité congolaise ne déborde sur leurs territoires. Ces manœuvres visent à internationaliser le bras de fer avec Kinshasa et compliquent les initiatives régionales de paix.
Dans son cercle rapproché, le discours se radicalise. Patient Sayiba, proche collaborateur de Kabila, appelle à une mobilisation populaire :
« le peuple doit se prendre en charge et enclencher la machine pour plaquer le tyran au sol et mettre fin à la guerre ».
Il remet en question le calendrier démocratique et évoque la nécessité d’agir avant les élections de 2028, qu’il juge compromises si elles sont organisées par un « tyran ».
L’option d’une lutte armée n’est plus exclue. Sayiba invoque l’Article 64 de la Constitution, qui autorise tout Congolais à s’opposer à ceux qui prennent le pouvoir par la force ou violent la Constitution, pour justifier une éventuelle rébellion. L’ancien président pourrait ainsi se positionner comme un acteur central capable de rassembler l’opposition et défendre le consensus de Sun City.
Le verdict de mort contre Joseph Kabila dépasse une simple décision judiciaire : il catalyse la crise politique, radicalise les rebelles du M23, galvanise les partisans de l’ancien régime et ouvre la porte à un scénario de déstabilisation aux conséquences imprévisibles pour la paix et la démocratie en RDC.
Entre diplomatie en coulisses et appel à la résistance, quelle stratégie Joseph Kabila choisira-t-il pour déjouer son destin judiciaire et politique ?
Guyvenant Misenge