Le parcours politique de Vital Kamerhe, bien que brillant, n’a jamais été couronné de succès durable. Depuis sa chute à la tête de l’Assemblée nationale en 2009, l’autorité morale de l’UNC a connu de nombreux soubresauts sur un chemin semé d’embûches.
Après avoir quitté la mouvance présidentielle, Vital Kamerhe a tenté sa chance à la présidentielle de 2011, mais n’a terminé qu’en troisième position, derrière Joseph Kabila et Étienne Tshisekedi. En 2016, lors d’un dialogue facilité par Eden Konjo, il est accusé, pour avoir donné son accord alors que la plupart des opposants étaient réticents, d’être un opposant de pacotille au service du régime. À cette époque, il espérait être nommé Premier ministre à l’issue des assises, mais Joseph Kabila choisira plutôt Samy Badibanga, humiliant ainsi le natif de Walungu.
En 2018, alors que l’opposition se choisit un candidat commun, Vital Kamerhe, que beaucoup espéraient, est écarté au profit de Martin Fayulu. Il s’efface et s’allie à Félix Tshisekedi dans le cadre de la coalition électorale Cap pour le changement (CACH). Cette fois, le scénario semble favorable : le candidat soutenu par le fondateur de l’UNC remporte la présidentielle. Vital Kamerhe devient alors directeur de cabinet, bien que l’accord CACH prévoyait initialement le poste de Premier ministre.
Mais la joie sera de courte durée. Deux ans plus tard, il est accusé d’avoir détourné plusieurs millions de dollars destinés au programme dit des « 100 jours » de Félix Tshisekedi. Abandonné par le chef de l’État, l’ex-directeur de cabinet est envoyé à Makala où il reste deux ans avant d’être acquitté et blanchi.
De retour sur la scène politique, il intègre le gouvernement Sama Lukonde comme ministre de l’Économie, puis, à l’issue de la présidentielle de décembre 2023, il retrouve la tête de l’Assemblée nationale, poste qu’il avait perdu près de 15 ans auparavant.
La descente aux enfers se poursuit-elle ?
Un peu plus d’un an après son retour à la présidence de la Chambre basse, Vital Kamerhe connaît à nouveau des ennuis. Une pétition visant sa destitution est en cours d’examen. Selon les observateurs, elle pourrait entraîner sa chute.
Les députés pétitionnaires l’accusent d’incompétence, de gestion opaque du bureau de l’Assemblée, de blocage des initiatives parlementaires et de non-considération des revendications sociales des élus. Plusieurs indiscrétions rapportent que Vital Kamerhe aurait déjà été lâché par Félix Tshisekedi, rendant sa chute quasi inévitable.
Mais le risque pour Vital Kamerhe ne se limite pas à une destitution. Il pourrait également retourner en prison. Le journaliste Gauthier Sey s’inquiète des nouveaux dossiers relatifs à d’autres détournements présumés de plus de 500 millions de dollars.
« Tout peut arriver pour que Vital Kamerhe retourne à Makala. On lui reproche d’avoir mal géré et détourné 400 millions, mais il y a aussi un dossier juteux de plus de 100 millions de dollars datant de son passage au ministère de l’Économie. Le Procureur général et tous les services compétents ont déjà le dossier. À ce stade, Kamerhe est dans de sales draps et je crains qu’il retrouve sa cellule à Makala », a estimé le journaliste mercredi 17 septembre, lors d’une émission télévisée.
Il est en effet plausible que, conscient du poids politique de Vital Kamerhe et des conséquences de sa destitution, le régime Tshisekedi ne lui laisse aucun répit, se faisant passer pour la victime ou radicalisant ses partisans. Politiquement, le pouvoir pourrait exploiter les dossiers en suspens pour l’éliminer définitivement et l’empêcher de rejoindre l’opposition, alors que le pays traverse une crise sécuritaire.
Charles Mapinduzi