Les dés semblent jetés pour Vital Kamerhe. En dépit de ses efforts pour calmer le jeu, ses adversaires n’ont pas désarmé. Une pétition contre le président de l’Assemblée nationale devrait être déposée ce lundi, ou au plus tard mardi, auprès d’un huissier de la Chambre basse. Elle sera examinée en marge de la session budgétaire de septembre, déjà ouverte.
Les signaux sont au rouge
Les initiateurs de la pétition affirment avoir réuni plus de 230 signatures, bien au-delà du seuil requis pour provoquer la chute de l’ancien directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi. Pour beaucoup, sa destitution paraît désormais inévitable.
Si certains élus de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) et quelques figures de l’opposition lui restent favorables, de nombreux députés sont prêts à s’associer au mouvement visant à l’écarter. Kamerhe est jugé encombrant par plusieurs ténors du pouvoir. À moins de bénéficier de soutiens déterminants, notamment du côté de l’AFDC de Bahati Lukwebo, lui aussi originaire du Sud-Kivu, le président de la Chambre basse semble acculé.
L’ombre de l’UDPS
Officiellement, la pétition est portée par le député UDPS Chrispin Mbindule. Le président intérimaire du parti présidentiel, Augustin Kabuya, a minimisé l’affaire, assurant que son camp n’y était pour rien. Pourtant, de nombreux observateurs estiment qu’aucune destitution d’un président de l’Assemblée nationale n’est possible sans l’aval de l’UDPS et, en dernier ressort, de Félix Tshisekedi.
Le fait que la pétition émane d’un élu UDPS laisse penser que le feu vert a bel et bien été donné. L’UDPS n’a d’ailleurs jamais soutenu Kamerhe pour la présidence du bureau ; son choix s’était porté sur Christophe Mboso, perçu comme plus malléable.
Certains proches de Kamerhe soupçonnent même une manœuvre pour écarter un acteur trop indépendant et hostile à tout projet de révision constitutionnelle. Ses prises de position en faveur d’un dialogue avec le M23 et d’une plus grande cohésion nationale ont crispé plusieurs radicaux de l’Union sacrée.
Vital Kamerhe : Malchance ou stratégie ?
De nombreux analystes rappellent le rôle déterminant de Kamerhe dans l’ascension de Tshisekedi en 2018, puis dans la victoire de l’Union sacrée en 2023. Mais l’homme n’a jamais récolté les fruits escomptés : directeur de cabinet plutôt que Premier ministre en 2019, accusé puis acquitté dans l’affaire des 100 jours, il avait renoncé à la présidentielle en faveur de Tshisekedi. Élu au perchoir sans l’appui de l’UDPS, il se retrouve aujourd’hui menacé.
L’affaire des 20.000 dollars
Alors que la pression monte, la journaliste Rachel Kitsita a révélé que les revendications salariales des députés et de leurs assistants ont récemment été satisfaites, avec une augmentation substantielle de la rémunération globale, désormais proche de 20.000 dollars par élu. Une manne jugée indécente dans un pays en guerre, où une majorité de la population survit avec moins d’un dollar par jour.
Pour certains, cette décision ressemble à une tentative du bureau Kamerhe de désamorcer la contestation. Mais elle suscite une autre question : où allaient jusqu’ici ces fonds officiellement destinés aux élus ? Pour Justin Machozi (UDPS), « si cette information est vraie, il faut interroger le bureau de l’Assemblée nationale. »
Un contexte explosif
Dans une République démocratique du Congo confrontée au conflit avec le M23, la fragilisation des institutions n’est pas sans risque. La chute éventuelle de Kamerhe pourrait ouvrir une période de turbulences supplémentaires, alors que le pays a plus que jamais besoin de stabilité et de cohésion nationale pour faire front commun contre l’insécurité.
Charles Mapinduzi