La République démocratique du Congo traverse l’un des moments les plus critiques de son histoire. La crise sécuritaire persistante dans l’Est du pays s’accompagne de divisions politiques profondes et de tensions ethniques multiformes, mettant à l’épreuve la cohésion nationale.
Face à ces défis, les autorités congolaises semblent intervenir le plus souvent a posteriori, y compris dans des situations qui auraient pu être anticipées. Une question revient ainsi régulièrement dans l’opinion publique : Kinshasa n’agit-elle que sous pression ?
Le massacre de près de 100 civils au Nord-Kivu
Entre le 8 et le 9 septembre, les territoires de Beni et Lubero ont été frappés par de nouvelles attaques des djihadistes des Forces démocratiques alliées (ADF), faisant près de quatre-vingt-dix morts parmi les civils.
L’horreur suscitée par ce drame a plongé le pays dans la consternation. Pourtant, le gouvernement est resté silencieux face à cette tragédie, malgré de nombreux messages de condamnation relayés sur les réseaux sociaux.
À la surprise générale, Kinshasa a d’abord publié un communiqué condamnant les attaques israéliennes au Qatar et exprimant sa compassion pour Doha, sans évoquer les massacres dans le Nord-Kivu. Ce n’est qu’après de vives critiques sur les médias sociaux que la Primature s’est résolue à réagir sur le sujet.
« A-t-il fallu que les réseaux sociaux se remplissent de critiques acerbes pour que le gouvernement évoque enfin le massacre de près de 100 de nos compatriotes ? Comment a-t-on pu penser à une situation au Qatar alors que chez nous, des civils étaient égorgés par des terroristes ? Seule la pression a permis à la Primature de publier un communiqué, sans garanties réelles. Il est urgent d’instaurer le fédéralisme pour éviter que les dirigeants continuent de croire que le pays se limite à Kinshasa », déclare un activiste de la LUCHA.
Le soulèvement des Wazalendo à Uvira
Plus tôt, des violences ont éclaté dans la ville d’Uvira, chef-lieu provisoire du Sud-Kivu, après la nomination du général Olivier Gasita comme commandant chargé des opérations dans la région.
Des éléments du mouvement Wazalendo, soutenus par des civils, ont imposé leur « droit de veto » au gouvernement. Malgré les tentatives pour faire accepter le général Gasita, issu de la communauté Banyamulenge, Kinshasa n’a pas réussi à stabiliser la situation. Face à la pression locale, l’officier aurait quitté la ville dans la nuit du lundi au mardi, selon des sources sécuritaires.
La crise du M23
Le gouvernement congolais n’a agi que sous pression à plusieurs reprises, comme en témoigne la crise du M23. Alors que le groupe armé ne contrôlait qu’une partie du territoire de Rutshuru, le régime s’est montré intransigeant, refusant tout dialogue avec un mouvement perçu comme inféodé au Rwanda.
Le conflit s’est alors intensifié, jusqu’à ce que le M23 s’empare de Goma et de Bukavu. Ce n’est que quelques semaines plus tard que Kinshasa a sollicité l’aide de Washington et de Doha pour engager un dialogue avec le Rwanda et les rebelles.
Aujourd’hui, dans un contexte d’instabilité socio-politique et sécuritaire, de nombreux Congolais appellent les autorités à lancer un dialogue inclusif avec les forces politiques et sociales pour juguler la crise. Depuis février dernier, Félix Tshisekedi n’a pas donné son accord, se montrant même radical dans ses déclarations, affirmant que certains citoyens « à double face » ne seraient pas invités — une allusion probable à ses adversaires politiques les plus radicaux, notamment Kabila et Katumbi. Néanmoins, la crainte demeure que, sous pression, le chef de l’État soit contraint de réagir tardivement, comme cela a souvent été le cas sur d’autres dossiers.
Charles Mapinduzi