« Si vis pacem, para bellum », disaient les Latins. À mesure que les processus de paix peinent à porter leurs fruits dans l’Est de la République démocratique du Congo, cette citation latine retrouve une actualité brûlante. Alors que les démarches diplomatiques se succèdent, sans effet tangible sur le terrain, une question s’impose avec insistance : la RDC doit-elle encore croire aux négociations ou se résoudre à imposer la paix par la force ?
Des signaux au rouge
L’espoir avait pourtant repris du souffle. L’accord signé à Washington entre les États-Unis et la RDC, présenté comme historique par les autorités congolaises, laissait entrevoir un dénouement à près de trois décennies de violences. Mais un mois plus tard, le constat est amer : les engagements entre Kinshasa et Kigali, notamment la neutralisation des FDLR d’un côté et le retrait des dispositifs militaires rwandais de l’autre, restent lettre morte.
Pire, la méfiance entre les deux capitales s’intensifie. Aucun geste concret ne témoigne de la volonté réelle d’appliquer les clauses de l’accord. Ce statu quo compromet sérieusement les chances de sortie de crise et ravive le spectre d’un affrontement entre la RDC et le Rwanda.
En parallèle, le processus de Doha connaît lui aussi un essoufflement. Alors que la déclaration de principes signée entre Kinshasa et le M23 prévoyait des avancées à compter du 29 juillet, la situation est au point mort. La promesse d’engager des pourparlers directs dès le 8 août se heurte à une condition posée par les rebelles : la libération de plus de 700 prisonniers accusés de collusion avec leur mouvement. Une exigence jugée irréaliste par les autorités congolaises et qui risque de bloquer le dernier processus diplomatique en cours.
La guerre, ultime levier de paix ?
Face à l’enlisement diplomatique, la tentation d’une réponse militaire se renforce. Après les échecs des processus de Luanda, de Nairobi, de Washington et désormais de Doha, Kinshasa se trouve face à un dilemme stratégique : persister dans des négociations stériles ou assumer une posture de fermeté, y compris sur le plan militaire.
Depuis 1996, la RDC a multiplié les accords : Lusaka, Sun City, CNDP, Addis-Abeba, tous signés dans l’espoir d’un retour durable à la paix. Mais tous ont échoué à briser le cycle de violence dans les provinces de l’Est.
Le temps semble venu pour le Congo de tirer les leçons du passé. Les grandes puissances qui jouissent aujourd’hui d’une certaine stabilité (États-Unis, Russie, Chine, France) l’ont obtenue non par des compromis perpétuels, mais par la dissuasion militaire. Elles ont bâti des armées solides, modernisé leurs équipements et instauré des doctrines de sécurité efficaces. C’est cette posture qui les rend inattaquables.
La RDC, elle aussi, doit envisager sérieusement cette voie. Face à un voisin ouvertement hostile et à un groupe armé comme le M23 qui multiplie les provocations, il devient stratégique de renforcer les capacités de défense et de sécurité du pays. La paix, aujourd’hui, ne pourra être durable que si elle est défendue avec fermeté.
Dans l’hypothèse où les processus de Doha et Washington échouent, le pire est à craindre : la reprise des hostilités, l’occupation de nouvelles localités par le M23, voire l’extension du conflit à d’autres provinces. Seule une préparation militaire rigoureuse pourrait prévenir un tel scénario.
La RDC ne peut plus se permettre de rester prisonnière d’une paix chimérique fondée sur des engagements non tenus. Le moment est venu de repenser la stratégie nationale de sécurité. Car si la paix reste l’objectif ultime, elle pourrait désormais passer, paradoxalement, par la guerre.
Charles Mapinduzi