Dans une interview accordée le vendredi 25 juillet 2025 à Netic News, le Dr Fahanfant Mbaki Nzuzi, coordonnateur de l’Association des médecins directeurs de secteur médical privé en RDC (ANAMED), a salué l’initiative du président Félix Tshisekedi relative à la mise en œuvre de la Couverture santé universelle (CSU), lancée en septembre 2023. Toutefois, il estime que sa réussite repose sur trois piliers fondamentaux : l’équité, la qualité des soins et la protection financière.
Netic News : Qu’est-ce que la Couverture santé universelle ?
Fahanfant Mbaki : C’est un système d’assurance maladie qui permet à chaque individu de recourir, où et quand il le souhaite, aux soins de santé dont il a besoin, sans rencontrer de difficultés financières. Je peux être au Congo et décider de me faire soigner en Belgique, parce que ma protection financière me le permet.
Netic News : Peut-on dire aujourd’hui qu’il y a des avancées significatives concernant la CSU en RDC ?
Fahanfant Mbaki : Je tiens d’abord à saluer cette initiative du chef de l’État, Félix Tshisekedi. Des avancées peuvent être notées à deux niveaux.
Sur le plan international, si l’on se réfère au classement de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de 2014, la RDC occupait la 14e ou 15e position parmi les pays engagés dans la couverture santé universelle, avec seulement 5 % de la population prise en charge par le gouvernement. À titre comparatif, le Rwanda était en tête avec 45 %, suivi de la Zambie (25 %), de l’Ouganda (20 %) et du Congo-Brazzaville (entre 10 et 15 %).
Sur le plan national, la réussite de la CSU dépendra de la prise en compte de trois critères essentiels :
L’équité, qui signifie que toute la population a droit à cette prise en charge ;
La qualité des soins, afin que chaque patient reçoive un service médical adéquat ;
La protection financière, pour éviter que les citoyens ne tombent dans la précarité en cherchant à se soigner.
Si ces trois conditions sont réunies, alors la CSU sera une véritable réussite.
Netic News : L’ANAMED est-elle prête à accompagner le chef de l’État dans ce processus ?
Fahanfant Mbaki : Absolument. Mais le problème, c’est que le ministre de la Santé, Roger Kamba, a fait appel à un secteur sanitaire privé encore très désorganisé pour accompagner un projet d’une telle envergure. C’est justement ce qui m’a poussé à créer l’ANAMED, dans le but d’y mettre de l’ordre.
Netic News : Comment cela se concrétise-t-il ?
Fahanfant Mbaki : L’ANAMED a mis en place un fichier répertoriant toutes les structures médicales exerçant une activité réglementée. Aujourd’hui, si le ministre a besoin d’identifier les structures privées susceptibles d’accompagner la CSU, il peut faire appel à nous. Ce fichier joue trois rôles clés : régulation, statistique et information.
Netic News : Que proposez-vous au gouvernement au nom de l’ANAMED ?
Fahanfant Mbaki : Nous proposons l’application des quatre axes de la Charte d’Alma-Ata :
1. Le lien entre le développement et la santé ;
2. La nécessité de la gratuité des soins ;
3. La prévention comme base de toute politique sanitaire ;
4. L’intégration du secteur médical privé dans le système de santé.
Concernant la maternité gratuite, si l’on prend l’indice synthétique de fécondité – c’est-à-dire le nombre de femmes accouchant dans des centres de santé –, Kinshasa atteint 98 %. Dans le Lualaba et au Kasaï-Oriental, seulement 63 % des femmes accouchent dans des centres de santé. Et les 37 % restants, où accouchent-elles ? Si ce programme avait commencé dans les provinces les plus en difficulté, son impact aurait été beaucoup plus significatif.
Propos recueillis par Rodriguez Kikamba