En RDC, le spectre de Kabila plane-t-il sur le régime Tshisekedi plus de six ans après la première alternance ?

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Il y a plus de six ans, la République Démocratique du Congo saluait la première passation civilisée du pouvoir entre Joseph Kabila, président sortant, et Félix Tshisekedi, nouveau chef de l’État. Toutefois, même après cette transition historique, Kabila, désormais sénateur à vie, a su maintenir une influence considérable au sein des arcanes du pouvoir, grâce à une coalition politique de principe entre lui et son successeur.

Cependant, au bout de deux ans, ce mariage politique a volé en éclats, suite à des menaces directes de Félix Tshisekedi de « déboulonner » le système mis en place par Kabila. Ainsi, depuis la mort du compromis politique entre le FCC et le CACH, qui liait Tshisekedi à Kabila, ce dernier a peu à peu perdu son emprise sur les institutions congolaises.

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En janvier 2024, face à un contexte politique peu rassurant, l’ex-président s’est retiré dans plusieurs États africains, notamment en Afrique du Sud, en Namibie, en Éthiopie et au Kenya. Officiellement, le nouveau régime a triomphalement annoncé avoir « édenté » Kabila, le mettant hors-circuit, après 18 ans de présidence.

Kabila : le mal congolais ?

Durant son règne, notamment dans ses dernières années, Joseph Kabila a été violemment critiqué par ses opposants politiques, qui appelaient sans relâche à son départ. Une croisade impressionnante a été lancée, soutenue par des acteurs variés : opposants, membres de la société civile, confessions religieuses (en particulier l’Église catholique et protestante), activistes des mouvements citoyens, ainsi que des chancelleries occidentales.

Dans l’opinion congolaise, Kabila était perçu comme « le mal » incarné, et le combat de ses opposants s’est concentré sur son départ, qu’ils considéraient comme une condition préalable à la renaissance du pays. L’ancien régime était accusé de multiples maux : incompétence, clientélisme, détournement de fonds, pillage des ressources naturelles, gouvernance tyrannique, complaisance et amateurisme.

Quelques mois auparavant, lors d’une tournée dans le Grand Kasaï, Félix Tshisekedi déclarait sans ambiguïté : « Je ne suis pas venu détruire le pays. D’ailleurs, il n’y a plus rien à détruire, car tout a déjà été complètement détruit. »

Une gouvernance toujours hantée par Kabila

Plus de six ans après la fin du régime Kabila, la RDC peine toujours à décoller. Les mêmes maux sont dénoncés sous le régime Tshisekedi, et dans certains cas, la situation semble même avoir empiré. Selon les partisans du pouvoir, la stagnation du pays est due à la gestion désastreuse de Kabila. Félix Tshisekedi a d’ailleurs affirmé que « plus rien n’a été sauvé par son prédécesseur », en référence à l’héritage laissé par l’ex-président.

Kabila est souvent désigné comme le responsable de l’échec de la gestion du pays. Il est accusé d’avoir plongé le Congo dans une crise profonde et d’entretenir des groupes armés pour rendre l’État ingouvernable. Ces accusations se sont intensifiées avec l’émergence de rébellions comme le M23. Lors du sommet de Munich en février 2024, Félix Tshisekedi n’a pas hésité à affirmer que ce groupe armé était une création de Joseph Kabila, qui, entre 2012 et 2013, avait affronté et vaincu cette rébellion.

Jean-Pierre Bemba, leader du MLC, a également pointé du doigt l’ex-président, l’accusant d’être le parrain d’autres groupes armés comme celui de Mobondo, actif dans le Mai-Ndombe et le Kwango. Selon Bemba, ces groupes ont été créés dans le but de déstabiliser le pouvoir actuel. Cependant, aucune preuve formelle n’a été avancée pour étayer ces accusations.

Un gouvernement à la recherche de boucs émissaires

Nombre d’observateurs dénoncent ce qu’ils perçoivent comme une politique du bouc émissaire, où le régime en place, tout en exerçant un contrôle total sur les leviers du pouvoir, choisit de rejeter la responsabilité des difficultés du pays sur l’ancien président. Cette stratégie de dénigrement constant semble dédouaner le pouvoir actuel de ses propres échecs à résoudre les problèmes structurels du pays.

Plus de six ans après la fin du régime Kabila, la RDC demeure confrontée à de nombreux défis. L’émergence de nouvelles rébellions et la persistance des maux qui caractérisaient l’ère Kabila soulèvent des interrogations sur l’efficacité du pouvoir actuel à instaurer une véritable stabilité. En attendant, le spectre de Kabila continue de hanter la politique congolaise, que ce soit à travers des accusations de déstabilisation ou par l’héritage difficile qu’il a laissé derrière lui. Une question demeure : la RDC saura-t-elle se libérer de son passé pour avancer vers un avenir plus stable et prospère ?

Kilemasi Muhindo

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