Le départ du général Olivier Gasita d’Uvira, sous la pression des milices Wazalendo, dépasse le simple fait militaire. Il révèle une crise plus profonde : en s’appuyant sur ces groupes armés pour freiner l’avancée du M23, le gouvernement congolais a engendré une force désormais difficile à contenir. Loin de simples supplétifs, les Wazalendo s’imposent comme une véritable bombe à retardement pour la République démocratique du Congo. Leur emprise croissante, leurs ambitions politiques et leur fonctionnement en électron libre sapent l’autorité de l’État bien au-delà du champ de bataille.
D’alliés stratégiques à acteurs incontrôlables
Nés d’une nécessité, les Wazalendo ont été armés et soutenus par Kinshasa comme force d’autodéfense face à l’impuissance de l’armée régulière. Présentés comme de fervents patriotes, ils ont rapidement gagné en légitimité et en ambition. L’épisode d’Uvira en fournit une illustration claire : en exigeant et obtenant le départ du général Gasita, ils ont démontré leur pouvoir de nuisance, transformant leur rôle militaire en levier politique.
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Une érosion inquiétante de l’autorité de l’État
Comme l’a reconnu un ministre en mission, « le problème central à Uvira est le rétablissement de l’autorité de l’État, dans une ville désormais sous l’emprise des Wazalendo armés ». Leurs revendications, consignées dans un mémo, confirment leur dérive : contrôle des flux migratoires, déploiement aux frontières intérieures, participation aux pourparlers de paix, et même intégration dans les institutions. Autant d’exigences qui traduisent la formation d’un État dans l’État, avec déjà « 72 commandants autoproclamés » au Sud-Kivu.
Un dilemme sans issue claire
Le gouvernement tente de canaliser cette force via la création de la « Réserve armée de la Défense », pour les intégrer dans un cadre officiel. Mais les Wazalendo, attachés à leurs chefs et à leur autonomie, refusent de se réduire à un prolongement des FARDC. Quant à leur dissolution, elle risquerait de fragmenter le pays en une multitude de milices dissidentes, rappelant le précédent des Maï-Maï.
Pris au piège, Kinshasa paie aujourd’hui le prix d’une stratégie de court terme. Comme le souligne Henry-Pacifique Mayala, chercheur à l’Institut Ebuteli, « on a l’impression que le gouvernement a construit un monstre qui lui échappe et qui sera très difficile à désintégrer ». La crise d’Uvira n’est pas un épisode isolé : c’est un signal d’alarme. La bombe à retardement est enclenchée.
Guyvenant Misenge
