Après une longue attente où l’opinion s’est perdue en conjectures, le gouvernement remanié de Judith Suminwa a été publié dans la nuit du jeudi 7 au vendredi 8 juillet 2025 : des permutations, des reconductions et quelques nouveaux entrants dont les plus emblématiques sont Adoph Muzito, ex-premier ministre et désormais ancien opposant au régime, ou encore Anzuluni, jadis activiste pro-démocratie, également hostile au pouvoir en place.
Le rêve d’une large ouverture brisé
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Même si le M23 est resté total méfiant vis-à-vis du pouvoir en place, son absence au sein du gouvernement remet en question la vraie intention de Félix Tshisekedi de mettre fin à la guerre. À ce stade du conflit, la rébellion se sentira toujours non concernée par les enjeux politiques dans le pays et ne fera que radicaliser sa position de combattre le régime alors que sa présence au sein de Suminwa 2 aurait probablement réduit ses intentions.
Ou, dans l’hypothèse où, comme il l’a toujours clamé, le M23 ne se sent pas disposé à communier avec les autorités de Kinshasa, le président congolais aurait bien jouer sur le temps, accentuer les efforts en faveur d’une issue heureuse du processus de Doha et s’assurer de former une équipe beaucoup plus représentative qu’il en est le cas aujourd’hui.
Dans le fond, nonobstant les annonces du président congolais, il ressort que l’équipe bis de Suminwa n’a été qu’un simple remaniement technique, plutôt qu’un gouvernement de large ouverture. Depuis que le dirigeant congolais avait annoncé son intention de rallier de nombreux de ses adversaires politiques ou encore des acteurs de la société, les Congolais espérait un résultat différent.
D’autant que si l’on s’en tient à la rhétorique développée par Kinshasa, le souhait était de rallier le plus de monde (allusion faite à l’opposition et à la société civile) à l’action gouvernementale en vue de constituer un front commun contre la crise sécuritaire dans l’Est ou mener une lutte contre les divisions intestines qui déchirent le pays à ce moment trouble. Hélas! La configuration de l’équipe remaniée ne colle pas avec les promesses faites. Hormis Adolphe Muzito qui, du reste se montrait déjà trop rapproché du régime, ou encore Floribert Anzuluni, la quasi-totalité des membres sont issus de la coalition formée autour de Félix Tshisekedi. Martin Fayulu, très attendu, n’a pas fait surface, ni même l’un de ses proches.
Plus curieux encore et, même si on le redoutait déjà, les grosses pointures de l’aile radicale de l’opposition, qu’elle soit armée ou non armée, sont littéralement absents : ni Kabilistes, Katumbistes, ni pro-Matata, Kikuni, Lubaya, Diongo, Mukwege alors que l’ouverture politique annoncée avait des visées sur la cohésion nationale. Dans le même ordre d’idées, la branche armée à la base de l’instabilité dans le Nord et Sud-Kivu a religieusement été snobée de sorte qu’il est légitime de s’interroger sur la nécessité et les retombées de l’équipe Suminwa II, sur la crise multiforme dans le pays. Le tableau ainsi peint souligne le fait que la nouvelle composition ministérielle est tout, sauf une large ouverture.
Charles Mapinduzi
