À Isiro, chef-lieu de la province du Haut-Uélé, l’absence d’une morgue moderne pour près de 200 000 habitants transforme chaque deuil en épreuve d’indignité. Faute de moyens adéquats de conservation, les familles sont contraintes à des inhumations précipitées dans un délai de 24 à 48 heures, au détriment des rites funéraires traditionnels. Pour le professeur Hervé Muniama Bakomba, président d’Intelligence Congo Plus, cette carence inflige un « profond traumatisme » aux proches, privés d’un dernier hommage serein.
Au-delà de l’aspect moral, la situation constitue une véritable urgence sanitaire. La décomposition rapide des dépouilles en milieu non réfrigéré favorise la prolifération de micro-organismes pathogènes et accroît les risques de contamination environnementale. Ce déficit infrastructurel entrave également la médecine légale, rendant les autopsies impossibles en cas de décès suspects. « L’absence d’infrastructures adaptées compromet les capacités d’investigation », alerte le professeur Muniama, qui évoque un recul scientifique préoccupant pour la province.
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Sur le plan technique, l’investissement nécessaire pour ériger une structure conforme aux normes — incluant chambres froides et salle d’autopsie — est estimé entre 150 000 et 500 000 dollars américains. Bien que sept morgues figurent au programme du gouvernement provincial, le projet se heurte à des priorités budgétaires concurrentes et à un déficit énergétique persistant. En l’absence d’échéance claire communiquée par les autorités, la société civile appelle à l’arbitrage du gouverneur Jean Bakomito Gambu, estimant que la construction d’une morgue à Isiro relève désormais d’un impératif de gouvernance et de salubrité publique.
Guyvenant Misenge
