Dans le théâtre politique congolais, les coulisses sont souvent plus intrigantes que la scène principale. La démission de Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, en est l’illustration parfaite. Plus qu’un départ contraint, il s’agit d’un coup d’éclat, une manœuvre calculée pour esquiver une humiliation publique et préserver son statut. Officiellement, Kamerhe affirme agir dans l’intérêt de l’unité de l’Union sacrée. Officieusement, il s’agit d’un recul stratégique, un repli nécessaire pour mieux rebondir. Car la politique congolaise est riche en retournements de situation.
Une pétition révélatrice des fractures internes
La pétition en faveur de la déchéance de Kamerhe n’était pas un simple excès d’humeur parlementaire. Elle portait la marque d’une véritable guerre froide au sein de la majorité présidentielle. Initiée par un groupe de députés menés par Chrispin Mbindule Mitono, ancien proche de Kamerhe, cette fronde dévoilait des tensions profondes, liées à l’échéance présidentielle de 2028. Les accusations portaient sur une gestion opaque du bureau de l’Assemblée et sur la marginalisation de certains alliés, notamment de l’UDPS, parti du président Félix Tshisekedi. En réalité, cette pétition illustrait les fractures d’une coalition où chaque composante guette l’erreur de l’autre en vue de la redistribution des cartes politiques.
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Une démission choisie pour sauver l’image
En se retirant avant le vote, Kamerhe n’a pas seulement évité une défaite politique. Il a gardé la main sur son destin, s’affirmant comme un stratège capable d’anticiper et de maîtriser le tempo. Loin d’être une capitulation, ce départ volontaire lui a permis de sauver son capital politique. Mais il a aussi ouvert la voie à une bataille pour la présidence de l’Assemblée nationale : un poste désormais convoité par plusieurs figures de l’Union sacrée. Entre un allié de poids comme Jean-Pierre Bemba, un profil émergent comme Guy Loando ou un loyaliste du chef de l’État, le choix du successeur sera l’objet d’un bras de fer.
Kamerhe, l’homme des rebonds
Ce n’est pas la première fois que Vital Kamerhe se retrouve dans cette posture. En 2008 déjà, il avait quitté la même fonction, après sa prise de position critique sur l’entrée des troupes rwandaises en RDC sans l’aval du Parlement. L’histoire se répète : il recule, mais ne disparaît pas. Ses partisans le savent, derrière ces démissions se cachent toujours des calculs. Ce retrait de la Chambre basse pourrait être une étape dans une stratégie plus large, qui le placerait à nouveau au centre du jeu lors des négociations électorales de 2028.
Un repli provisoire avant 2028 ?
La démission de Vital Kamerhe n’est donc pas la fin d’un parcours politique. Elle constitue un nouvel épisode d’une carrière faite de ruptures et de retours. Elle met aussi en lumière les fragilités de l’Union sacrée, où l’unité affichée masque des rivalités féroces. La vraie question est désormais de savoir non pas si Kamerhe reviendra, mais quand et sous quelle forme. S’agit-il du premier domino d’une série de bouleversements internes, ou d’un simple ajustement avant la grande bataille de 2028 ? Une certitude demeure : le jeu politique en RDC reste un exercice de patience, de calcul et d’opportunités.
Guyvenant Misenge
