L’espoir suscité par les efforts diplomatiques congolais, notamment les pourparlers engagés à Washington et Doha, s’érode progressivement au Nord et Sud-Kivu. Sur fond d’une occupation prolongée par la rébellion du M23 et l’AFC, la situation humanitaire des populations locales ne cesse de se dégrader, aggravée récemment par la décision du gouvernement congolais de récuser les documents de voyage délivrés par les rebelles.
Triplement martyrisés : les oubliés de la République
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À Goma (occupée depuis six mois), Bukavu (depuis cinq mois) et Bunagana (depuis plus de trois ans), les Congolais vivent un calvaire. Déconnectés du reste du pays, ils sont contraints de se soumettre au diktat de l’autorité rebelle. Ceux qui tentent de résister subissent des représailles, parfois violentes.
Privés d’accès aux devises à cause de la fermeture des institutions bancaires — sur ordre du pouvoir central — ces citoyens vivent dans une précarité extrême. Certains agents de l’État, notamment des enseignants, doivent parcourir jusqu’à 300 kilomètres pour toucher leur maigre salaire, qu’ils dépensent presque entièrement dans le transport et les frais de séjour.
À cette crise économique s’ajoute une rupture du trafic aérien. L’aéroport international de Goma, tout comme celui de Kavumu à Bukavu, est à l’arrêt. Pour voyager, il faut désormais passer par les pays voisins : Ouganda, Rwanda ou Burundi, ce qui représente un coût énorme pour une population déjà fragilisée.
La récusation des documents du M23 : une gifle de trop ?
Dans ce climat tendu, la décision de Kinshasa de faire pression sur les pays frontaliers pour rejeter les documents de voyage délivrés par le M23 complique davantage la situation. Cette mesure, destinée à isoler les rebelles, est perçue comme une punition collective à l’égard des civils.
« On coupe les services bancaires, on ferme les aéroports, maintenant on empêche même de voyager avec les seuls documents encore acceptés à nos frontières. Sommes-nous encore des Congolais ? », s’indigne un habitant de Goma sur les réseaux sociaux.
Des voix s’élèvent pour dénoncer des décisions prises sans tenir compte des réalités locales. « Qui cherche-t-on à sanctionner ? Le M23 ou les populations civiles ? », s’interroge un analyste politique de Beni.
Un risque de rupture du lien national
La succession de ces mesures jugées « hostiles » par les habitants des zones occupées alimente un ressentiment croissant envers le pouvoir central. Certains évoquent un processus de radicalisation des populations, voire un « syndrome de Stockholm » qui pourrait faire le lit de la balkanisation.
« La colère monte. Kinshasa semble oublier que les gens sur place ne sont pas tous du M23. En les traitant ainsi, on risque de les pousser dans les bras des rebelles », alerte un citoyen de Bukavu.
La cohésion nationale est fragilisée. Alors que les pourparlers de Doha devaient offrir une issue pacifique, Kinshasa donne l’impression de se désengager. Un journaliste de Beni va jusqu’à craindre un futur référendum d’autodétermination orchestré par les rebelles, tant l’isolement est profond.
Une paix compromise ?
Les perspectives de paix sont d’autant plus incertaines que le M23 menace de boycotter les futures étapes du dialogue de Doha si Kinshasa ne procède pas à la libération de plus de 700 prisonniers. Une exigence difficile à accepter pour le gouvernement congolais, qui tente de concilier souveraineté nationale et pressions diplomatiques.
Entre l’étranglement économique, la fermeture des voies de sortie et l’exclusion administrative, les populations des territoires occupés vivent un chemin de croix. Dans ce contexte, chaque décision gouvernementale devrait être soigneusement pesée pour ne pas transformer une crise sécuritaire en fracture nationale.
Charles Mapinduzi
