L’Est de la République démocratique du Congo poursuit sa lente descente aux enfers. Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri — les provinces les plus instables du pays — restent en proie à une insécurité chronique, nourrie par une constellation de groupes armés : ADF, M23, CODECO, Zaïre, ou encore des milices locales Maï-Maï. Ces territoires n’ont jamais connu de réel répit. Les massacres de civils se poursuivent à un rythme effroyable, dans un silence presque complice du reste du pays.
Selon des décomptes encore provisoires, au moins 142 civils congolais ont été tués ces deux dernières semaines, dans des attaques menées principalement en Ituri et au Nord-Kivu. Les victimes, pour la plupart sans défense, ont péri sous les balles ou à l’arme blanche.
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Rien que dans la nuit du samedi au dimanche dernier, 43 personnes ont été massacrées à Komanda, en territoire d’Irumu (Ituri), alors qu’elles participaient à une veillée de prière. Quelques jours plus tôt, 66 autres civils ont été tués dans des localités voisines à la frontière avec le Nord-Kivu. Par ailleurs, 33 morts ont été recensés dans le territoire de Djugu, toujours en Ituri.
Des populations abandonnées à leur sort
Dans cette région meurtrie, un sentiment d’abandon profond habite les populations. Si la guerre contre le M23 suscite une mobilisation nationale et internationale sans précédent, le même niveau d’attention ne semble pas accordé aux atrocités commises par les ADF ou la milice CODECO.
« Nous souffrons autant de la guerre du M23 que de celle menée par les ADF. Pourtant, ces derniers sont de loin plus cruels. Pourquoi nos autorités n’accordent-elles pas la même priorité à notre situation ? », interroge un ancien député de Beni, visiblement révolté.
Selon lui, les efforts du pouvoir central sont orientés uniquement en fonction des menaces qui pèsent directement sur l’appareil étatique. Le M23, soutenu par le Rwanda, menace les institutions et la souveraineté nationale, justifiant ainsi une riposte tous azimuts. À l’inverse, les ADF et la CODECO, qui opèrent loin de Kinshasa, ne semblent pas représenter une menace directe pour le pouvoir central, et sont dès lors relégués au second plan.
Silence gouvernemental et apathie nationale
Le massacre de Komanda, où plus de quarante fidèles ont été égorgés ou fusillés lors d’une veillée de prière, n’a suscité qu’un bref communiqué officiel. Ni de déclaration présidentielle forte, ni de mobilisation nationale. En dehors des ressortissants de l’Ituri, l’opinion publique est restée atone, comme si ces morts ne comptaient pas.
Cette indifférence contraste avec l’arsenal déployé pour contrer le M23 : forces de la SADC, processus de paix à Nairobi, Luanda, Washington, Doha, mercenaires, diplomatie active, etc. Aucun dispositif comparable n’est mis en œuvre pour mettre fin à l’horreur quotidienne vécue par les populations de Beni, Djugu, Irumu ou Mambasa.
Pourtant, les ADF ne sont pas nouveaux. Actifs depuis plus de 10 ans, ils ont semé la terreur du Nord-Kivu à l’Ituri. La société civile évoque un bilan de plus de 15 000 morts et des dégâts matériels colossaux. Leur mode opératoire, fait d’attaques nocturnes, d’enlèvements, de décapitations et d’incendies de villages, en fait l’un des groupes les plus cruels du continent africain.
À quelques kilomètres de leurs zones d’opération, la milice CODECO sème également la mort avec des méthodes similaires. Aujourd’hui, les deux groupes armés sont considérés comme les plus dangereux du pays. Pourtant, ils semblent ne pas susciter la même mobilisation émotionnelle ou politique que d’autres crises.
Charles Mapinduzi
