Jean-Pierre Bemba Gombo et Jean-Lucien Bussa, longtemps en froid pour des raisons politiques, semblent s’être momentanément rapprochés autour d’un dossier sensible : la relance de Congo Airways. Leur alliance de circonstance concerne une demande de financement de 35 millions de dollars adressée à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) pour l’achat d’aéronefs. Cette même CNSS avait déjà déboursé 14 millions de dollars pour la location de deux Boeing et 12 millions pour l’achat de moteurs Airbus destinés à des appareils immobilisés de la compagnie. Toutefois, face à l’incapacité de Congo Airways à décoller, le Conseil d’administration de la CNSS reconsidère sa stratégie, plutôt que de continuer à injecter des fonds sans retour.
Congo Airways : une compagnie en difficulté
Créée le 15 août 2014 et ayant réalisé son premier vol le 20 octobre 2015, Congo Airways est la compagnie nationale de la République Démocratique du Congo (RDC). Son objectif initial était de démocratiser le transport aérien et d’assurer une meilleure intégration socioéconomique du pays. Ses principaux actionnaires incluent l’État congolais (39,9%), la CNSS (30,7%), ainsi que plusieurs autres entités publiques.
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Malheureusement, les difficultés financières ont poussé la compagnie à suspendre ses opérations le 11 septembre 2023. Les vols n’ont repris qu’en novembre 2023, grâce à une ligne de crédit de 14 millions de dollars octroyée par la CNSS pour la location de deux Boeing 737-800. Toutefois, cette aide n’a pas suffi à stabiliser la situation, et Congo Airways peine toujours à se relancer.
Un mensonge au Conseil des ministres
Lors du 6ème Conseil des ministres, Jean-Pierre Bemba, vice-Premier ministre en charge des Transports, a informé le gouvernement que le Certificat de Transporteur Aérien (CTA) de Congo Airways, censé expirer en mars 2025, arriverait à échéance le 16 septembre 2024. Bemba a ainsi mis la pression sur le gouvernement pour débloquer en urgence les 35 millions USD réclamés à la CNSS, affirmant qu’il y avait un risque imminent de perte du CTA et de l’agrément IATA.
Cependant, cette démarche a suscité des doutes, car le ministre des Transports n’avait pas autorité pour demander directement des fonds à la CNSS. Cette tâche relève du ministère de la Santé et de la Prévoyance Sociale, qui aurait dû initier la procédure. La CNSS a d’ailleurs opposé un refus poli à cette demande.
Réconciliation autour de la magouille
Jean-Pierre Bemba et Jean-Lucien Bussa, qui s’étaient éloignés depuis le départ de Bussa du Mouvement de Libération du Congo (MLC), semblent avoir momentanément enterré la hache de guerre. Lors de la campagne électorale de 2023, les deux hommes s’étaient affrontés avec véhémence. Cependant, le dossier de Congo Airways les a réunis, chacun cherchant à tirer profit des 35 millions USD.
Bussa, aujourd’hui ministre du Portefeuille, soutient la demande de financement de Bemba. Il est lui-même cité dans une affaire d’achat de moteurs pour des avions épaves de Congo Airways, une transaction ayant coûté 12 millions USD à la CNSS, sans qu’aucun moteur n’ait été livré à ce jour.
Le Conseil d’administration de Congo Airways a pointé l’incompétence du directeur général José Dibue Lueya dans la gestion financière de la compagnie. Curieusement, Bussa s’est opposé à sa suspension, alors même que Dibue Lueya avait cité Bussa comme responsable de la recommandation de la firme chargée de l’achat des moteurs, accusée depuis d’être fictive.
Appel à la transparence
La gestion des fonds destinés à la relance de Congo Airways soulève de nombreuses questions. Un appel est lancé à tous les services de contrôle pour éclaircir les décaissements opérés par la CNSS dans ce dossier. Alors que le sort de la compagnie semble incertain, la représentation nationale interpelle déjà Jean-Pierre Bemba pour qu’il s’explique sur cette affaire.
Christian Ntole
