Alors que le conflit s’enlise en République démocratique du Congo et que l’espoir d’un retour à la paix s’éloigne peu à peu, l’ex-président sud-africain Thabo Mbeki s’invite de nouveau dans les débats congolais.
Témoin clé de la réunification du Congo entre 2002 et 2003, Thabo Mbeki est aujourd’hui à l’origine d’une initiative de paix impliquant de nombreux acteurs majeurs congolais : membres de la coalition au pouvoir, opposants politiques, seigneurs de guerre et activistes de la société civile. Vital Kamerhe, Antipas Mbusa Nyamwisi, Martin Fayulu, Seth Kikuni, Eberande Kolongele, Joseph Kabila, Moïse Katumbi, Corneille Nangaa, Thomas Lubanga, la CENCO et l’ECC, entre autres, sont conviés à un dialogue prévu du 3 au 6 septembre prochain.
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Organisée par la Fondation Thabo Mbeki, cette rencontre se tiendra en marge d’une conférence sur la paix et la sécurité en Afrique du Sud et vise à discuter des causes profondes du conflit congolais. La particularité de cette séance est de regrouper toutes les sensibilités, y compris le M23 et la CRP (Convention pour la révolution populaire), milices actives dans l’Est du pays. Pour ces groupes armés, le conflit trouve ses racines dans la mauvaise gouvernance, l’exclusion, le tribalisme, la haine et le détournement des deniers publics.
Le contexte actuel rappelle étrangement celui des années 1998-2003. Après la chute de Mobutu, la RDC était fragmentée en principautés contrôlées par divers groupes armés. Pour stopper l’hémorragie, les Congolais se sont réunis à Sun City, à l’initiative de Thabo Mbeki. Les négociations ont abouti à la formule “1+4” : un président (Joseph Kabila) et quatre vice-présidents représentant les principaux groupes belligérants, avec l’ex-président sud-africain comme médiateur.
Aujourd’hui, la RDC fait face à une situation similaire. Depuis près de quatre ans, avec la chute de Bunagana (Nord-Kivu) et le contrôle de plusieurs localités par des groupes armés, le gouvernement peine à exercer son autorité. Le M23, par exemple, a instauré une administration parallèle dans les zones qu’il contrôle et refuse de se retirer. Les citoyens y vivent coupés du reste du pays, avec des banques et aéroports fermés, rappelant les risques de partition de facto.
En tentant de rééditer la formule “1+4”, Thabo Mbeki apparaît comme un acteur majeur pour une sortie de crise. Mais la situation actuelle diffère de celle de Sun City : tous les acteurs ne visent pas le pouvoir central, et certains, dont Kabila et Katumbi, pourraient se montrer désintéressés par un partage de postes dans un gouvernement d’union nationale dirigé par Félix Tshisekedi. La coupe pourrait donc être plus amère à avaler cette fois-ci.
Charles Mapinduzi
