Le 30 juillet est une date symbolique pour République démocratique du Congo. Elle rappelle, en effet, la tenue en 2006, de premières élections libres, démocratiques et pluralistes dans le pays depuis 1965. Cette année-là, après près d’une décennies de conflits armés enclenchés par l’AFDL de Laurent Désiré Kabila, suivie des crises imposées par le MLC de Jean-Pierre Bemba, le RCD/KML de Mbusa Nyamwisi, le RCD/Goma de Ruberwa ou encore le RCD/N de Lumbala, sous Joseph Kabila, plus de 25 millions de citoyens étaient appelés aux urnes à choisir un président, des députés nationaux et provinciaux ainsi que des sénateurs.
Nombre d’observateurs soutiennent qu’il s’agit d’un processus électoral réussi bien qu’ayant été financé en grande partie par la Communauté internationale. A l’issue du premier tour, arrivé en tête, Joseph Kabila avait obtenu 44,8% des voix contre Bemba (2e) avec 20%. Au second tour, l’ex-chef d’État congolais l’avait emporté (58,1%) face à Jean-Pierre Bemba (41,9%). En dépit de contestation, la RDC qui, plus tôt, venait de se doter d’une constitution de la 3e République, venait irréversiblement de se lancer sur la voie de la démocratisation de ses institutions.
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19 ans après, la flamme est-elle restée allumée ?
Sauf que près de 20 ans, après trois autres expériences électorales (2011, 2018 et 2023), l’élan démocratique semble avoir fait un bon en arrière. Les élections, qui ont suivi ont véritablement raté le décollage : fraudes électorales massives, violences, dictat du politique sur le processus. Ceux qui avaient la parcelle du pouvoir ont dicté les règles du jeu, de sorte que les scrutins ont été affectés, tendant ainsi les élections moins démocratiques et moins crédibles.
En 2011, Joseph Kabila est soupçonné par des observateurs nationaux et internationaux, y compris des partis d’opposition, de s’être appuyé sur sa province d’origine le Katanga, pour mettre en place une vaste entreprise de fraude électorale, qui lui a permis de battre Étienne Tshisekedi. Pour maximiser les chances du régime à l’emporter, le pouvoir en place avait même dû modifier la constitution, annulant au passage le second tour de la présidentielle.
En 2018, la moisson a davantage déçu. Au lieu que le processus de démocratisation s’améliore, les scrutins se sont soldés sur un compromis entre acteurs où les « nouveaux élus proclamés » étaient en réalité des nommés. Corneille Nanga, président de la Commission électorale à l’époque, a déjà reconnu que ceux qui avaient remporté les élections ne sont pas ceux qui avaient réellement été proclamés vainqueur. Jean Yves Le Driant, officiel français, avait dénoncé un « compromis à l’africaine » qui a permis à Félix Tshisekedi de devenir président de la République au détriment du vrai vainqueur.
Par ailleurs, la 4e expérience électorale a également été balbutiante. Émaillées de plusieurs irrégularités, les élections de 2023 ont fait face à plusieurs défis majeurs : insuffisance de kits électoraux, surveillance moins consistante du déroulement du vote, scrutins étendus sur plusieurs jours non prévus; tout ceci entouré d’une fraude innommable. Sur le plan démocratique, comme lors des scrutins précédents, les tenants du pouvoir ont réduit les chances de leurs adversaires, des discours ségrégationnistes et de haine ont pris de la place, etc.
En résumé, entre 2006 et 2023, 19 ans après la tenue de premières élections libres, le pays qui n’a pas tiré des leçons du passé est plutôt sur une pente glissante, faisant des pas en arrière. L’espoir suscité après plus de trois décennies d’un régime dictatorial et sans partage, et 10 ans de violences, l’élan démocratique est en train d’être brisé, de sorte que le pays rebascule tacitement dans une dictature déguisée.
Charles Mapinduzi
