L’ancien président Joseph Kabila a accordé une interview au média belge La Libre Belgique, dans laquelle il critique sévèrement le pouvoir actuel à Kinshasa. Selon lui, la Constitution de la République démocratique du Congo n’est plus respectée depuis plusieurs années. Il estime que parler aujourd’hui de révision n’a pas de sens, car cette Constitution serait déjà ignorée. Il craint plutôt un projet caché d’adoption d’un nouveau texte, qu’il juge très dangereux pour l’avenir du pays.
« Pour Kinshasa, la Constitution n’existe pas. Elle est ignorée depuis 2019. Alors, que vont-ils réviser au juste ? Je pense que l’idée, c’est plutôt l’adoption d’une nouvelle Constitution. Tout ce tripatouillage est dangereux, extrêmement dangereux », a-t-il déclaré.
Dans cette même interview, accordée le vendredi 20 mars depuis la ville de Goma — siège de la rébellion du M23 dont Kinshasa l’accuse d’être le patron — Joseph Kabila s’en prend également à la Belgique. Il estime que ce pays est en train de perdre sa crédibilité dans sa manière de soutenir le régime actuel. Cependant, il reconnaît que certaines voix en Belgique essaient de corriger cette situation. Il a par ailleurs salué le travail de la justice belge qui s’intéresse à des citoyens impliqués, selon lui, dans des actions négatives en RDC. Pour Kabila, la Belgique doit revoir sa position et se remettre en question.
« À l’allure où vont les choses, je pense que la Belgique est en train de se disqualifier. Sa capacité à accompagner l’actuel régime étonne. La Belgique doit se ressaisir et je constate que chez vous, il y a des gens qui sont conscients de tout ça. Ils essaient petit à petit de corriger le tir. Je veux aussi dire bravo à la justice belge qui s’intéresse au rôle néfaste de nombreux citoyens belges au Congo. Mais la Belgique a aussi cette capacité de se remettre en cause. C’est en tout cas ce que je souhaite », a-t-il poursuivi.
Revenant sur la situation politique interne, Kabila a évoqué l’accord signé en 2019 entre sa famille politique et celle de Félix Tshisekedi. Il explique que cet accord avait permis une gestion commune du pouvoir, car le camp de Tshisekedi ne disposait pas de majorité au Parlement. Il affirme toutefois que cet accord a ensuite été nié par ses partenaires. Quant aux propos de Corneille Nangaa, il a préféré ne pas commenter directement. L’ex-dirigeant de la CENI avait pourtant indiqué avoir placé Tshisekedi au pouvoir et qu’il avait le devoir de le déchoir.
L’ancien chef de l’État appelle par ailleurs les Congolais à se mobiliser contre ce qu’il qualifie de dictature et de tyrannie. Il invite la population à s’appuyer sur l’article 64 de la Constitution, qui demande aux citoyens de s’opposer à toute prise de pouvoir contraire à la loi. Pour lui, il est urgent d’agir, que ce soit à l’intérieur du pays ou depuis l’étranger, afin de mettre fin à la situation actuelle.
S’exprimant depuis Goma, où sa présence suscite des réactions, Joseph Kabila affirme qu’il est chez lui et qu’il a le droit de parler avec tous les Congolais. Il dit agir dans le but de ramener la cohésion et la paix. Enfin, il met en garde contre une possible soudanisation de la RDC, en référence à la crise qu’a connue le Soudan. Concernant les rumeurs d’une attaque par drone, il reste prudent et affirme garder le moral en attendant les résultats des enquêtes.
« Beaucoup évoquent la balkanisation, moi je parle de la “soudanisation” de la crise en RDC. Il y a des points communs entre ce que traverse notre pays et ce qui a amené l’implosion du Soudan », a conclu Kabila.
Jean Ngaviro