Des tirs d’armes lourdes et légères ont été entendus dans la nuit du dimanche 15 au lundi 16 mars 2026 dans la ville de Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, les détonations ont débuté vers 23 heures dans la partie dite CCLK, au nord de la ville. Des échanges de tirs auraient été signalés non loin de la concession Kinyogote, propriété de l’ancien président Joseph Kabila.
D’après des sources locales, ces tirs seraient liés à une incursion de bandits armés opérant en pleine ville. Plusieurs boutiques auraient été attaquées dans certains quartiers du nord de Goma, des biens pillés, avant que les assaillants ne prennent la fuite. À ce stade, aucune communication officielle du Mouvement du 23 mars (M23), qui contrôle la ville depuis début 2025, n’a été rendue publique pour clarifier la situation.
Fait notable : ce type d’incident n’avait plus été signalé depuis plusieurs mois dans la capitale provinciale du Nord-Kivu, souvent qualifiée de « ville volcanique ».
Un contexte sécuritaire déjà fragilisé
Ces nouveaux incidents surviennent dans un climat déjà marqué par de fortes tensions sécuritaires. Il y a quelques jours, une employée française de l’UNICEF, Karine Buisset, a perdu la vie à Goma, en même temps que deux autres personnes dont l’identité n’a pas été officiellement communiquée.
Les autorités du M23 avaient évoqué une frappe de drone attribuée à l’armée congolaise. Une version qui continue toutefois de susciter des interrogations. Pendant plusieurs mois, le mouvement rebelle avait affirmé contrôler totalement l’espace aérien de Goma, soutenant qu’aucun drone des forces gouvernementales ne pouvait survoler ni frapper la ville.
Cette contradiction apparente alimente le doute au sein de l’opinion locale et chez certains observateurs, qui s’interrogent sur la réalité du contrôle sécuritaire revendiqué.
Pression autour de la ville
Par ailleurs, quelques jours avant ces tirs nocturnes, de fortes détonations avaient déjà été entendues dans plusieurs quartiers. Selon des informations concordantes, elles provenaient des zones situées dans le Parc national des Virunga, notamment sur les hauteurs proches de Rusayo, dans le territoire de Nyiragongo.
Des affrontements auraient opposé des combattants Wazalendo aux rebelles du M23 dans cette zone stratégique. Depuis Goma, plusieurs habitants affirmaient entendre des tirs d’armes lourdes et légères en provenance des collines surplombant le parc, signe d’une instabilité persistante à la périphérie immédiate de la ville.
Un contrôle contesté ?
La répétition de ces incidents – incursions de bandits armés en pleine ville, tirs nocturnes, affrontements en périphérie, zones d’ombre autour d’une frappe de drone – soulève une question centrale : le M23 maîtrise-t-il toujours totalement la situation sécuritaire à Goma ?
Pour une force qui revendique un contrôle strict du territoire et de l’espace aérien, l’apparition d’actes criminels organisés au cœur même de la ville pourrait traduire soit des failles dans le dispositif sécuritaire, soit l’émergence de groupes armés incontrôlés profitant d’un contexte instable.
En l’absence d’une communication officielle claire et documentée, les spéculations se multiplient au sein de la population. Beaucoup d’habitants cherchent à comprendre ce qui se joue réellement autour de Goma et dans les zones voisines, alors que la ville demeure un point stratégique majeur dans l’est du pays.
Une chose est certaine : la succession d’événements récents fragilise la perception d’un contrôle total et pose la question de l’évolution du rapport de force sécuritaire dans cette partie du territoire national.
Jean Ngaviro