Alors que la guerre s’intensifie dans l’est de la République démocratique du Congo, l’idée d’un dialogue entre Congolais sous la médiation de l’Angola avait été présentée comme une possible porte de sortie. Kinshasa avait alors sollicité l’appui de Luanda pour organiser des discussions capables de réduire les tensions politiques internes et de créer un front commun face à la crise sécuritaire. Plusieurs médias congolais avaient évoqué des contacts avec certains acteurs politiques, y compris des figures de l’opposition, pour préparer ce processus.
Mais aujourd’hui, ce projet semble plongé dans un silence total. Aucune rencontre n’a été annoncée et aucun calendrier n’est connu. Cette absence de mouvement alimente les doutes sur la volonté réelle de Kinshasa de mener cette initiative à terme. D’autant plus que le président Félix Tshisekedi avait, au départ, clairement rejeté l’idée de dialoguer avec certains opposants qu’il accuse de liens avec le M23 ou de travailler contre les intérêts du pays.
Pour plusieurs observateurs, la situation actuelle pourrait expliquer ce blocage. La pression internationale s’est intensifiée ces derniers temps contre le M23 et contre le Rwanda, souvent accusé de soutenir la rébellion. Dans ce contexte, certains analystes estiment que Kinshasa pourrait préférer attendre les effets de cette pression plutôt que d’ouvrir un dialogue politique, perçu comme un signe de faiblesse face à ses adversaires.
Un autre facteur alimente les interrogations : les changements fréquents dans la stratégie diplomatique de la RDC. L’Angola avait déjà joué un rôle central comme médiateur dans les tensions entre la RDC et le Rwanda à travers le processus de Luanda. Pourtant, à un moment donné, les autorités congolaises ont semblé se tourner vers d’autres partenaires, notamment Doha et Washington, pour tenter de trouver une issue à la crise. Cette évolution a donné l’impression que les efforts de médiation angolais passaient au second plan pour Kinshasa.
Aujourd’hui, certains analystes estiment que ces hésitations du régime pourraient influencer la position de l’Angola dans ce dossier. Si Luanda a le sentiment que sa médiation n’est pas réellement prise au sérieux, le pays pourrait être tenté de se retirer progressivement de ce rôle, privant la RDC d’un partenaire régional crucial pour une solution diplomatique et politique.
Pendant ce temps, Kinshasa semble privilégier l’option militaire. L’armée congolaise intensifie ses opérations et ses frappes ciblées par drones contre les positions du M23. Cette stratégie vise à affaiblir la rébellion et à reprendre le dessus sur le terrain. Mais pour de nombreux observateurs, rien ne garantit que cette approche suffira à résoudre durablement la crise. Sans un processus politique solide, le conflit risque de continuer à alimenter l’instabilité dans l’est du pays. Chaque retard dans la mise en place de démarches diplomatiques diminue les chances d’obtenir des résultats concrets.
Charles Mapinduzi