La République démocratique du Congo (RDC) a officiellement présenté Juliana Amato Lumumba, fille de Patrice Émery Lumumba, comme candidate au poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Ce choix illustre à la fois un geste politique symbolique et une volonté de mettre en avant une figure expérimentée dans les sphères médiatique, gouvernementale et économique.
Diplômée en sciences politiques et titulaire d’un diplôme d’études approfondies (DEA) en sciences politiques et sociologie de la défense de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris, Juliana Lumumba a d’abord construit sa carrière dans le journalisme. Entre 1984 et 1994, elle travaille à Paris pour Al Manar, Al Ahram International et Dialogue International, couvrant principalement les questions africaines et les droits de l’homme, en français et en arabe.
De la presse aux responsabilités gouvernementales
Dans les années 1990, elle revient à Kinshasa pour occuper des fonctions éditoriales avant d’intégrer les institutions de transition du pays. Elle devient directrice de cabinet du secrétaire rapporteur du Parlement de transition en 1997-1998, puis vice-ministre de la Culture et de l’Information. De 1998 à 2001, elle est ministre de la Culture, période durant laquelle elle supervise la traduction de l’avant-projet de Constitution et de l’hymne national dans les quatre langues nationales. Elle représente également la RDC dans plusieurs forums internationaux, notamment lors de la signature de l’accord de défense COPAX de la CEEAC à Malabo et à l’Exposition universelle de Lisbonne en 1999, où le Théâtre national reçoit le titre de meilleur spectacle africain pour « Elima Ngando ».
Diplomatie économique et intégration africaine
Après son passage au gouvernement, Juliana Lumumba se tourne vers le secteur privé et la diplomatie économique. De 2007 à 2015, elle est secrétaire générale de l’Union des chambres de commerce, d’industrie et des professions africaines (UACCIAP), basée au Caire. Elle y travaille à l’harmonisation des cadres juridiques africains, à la promotion des investissements et du commerce intra-africain, tout en participant à de nombreuses conférences internationales, notamment à la COP21 à Paris, où elle plaide pour une plus grande implication des femmes dans le développement économique.
Une candidature symbolique et moderne
Le gouvernement congolais présente sa candidature comme un signal fort en faveur du renouveau et du rayonnement de la Francophonie. Crispin Mbadu, ministre délégué chargé de la Francophonie et de la diaspora congolaise, souligne l’ambition d’une « Francophonie plus moderne, plus inclusive et plus proche des peuples », et met en avant l’engagement de Juliana Lumumba pour les femmes et la jeunesse.
Polyglotte – français, arabe, anglais, lingala, swahili, avec des notions de russe – elle incarne un profil capable de circuler avec aisance entre espaces linguistiques, politiques et économiques. Sa trajectoire conjugue mémoire nationale, expérience gouvernementale et diplomatie économique continentale, autant d’atouts qui pourraient séduire les États membres de l’OIF.
Gilbert Ngonga