Dans la crise sécuritaire qui secoue l’est de la RDC, le cessez-le-feu apparaît de plus en plus comme un objectif difficile à atteindre entre Kinshasa et la rébellion du M23. Depuis plusieurs années, des appels à la cessation des hostilités ont été lancés à répétition par des organisations africaines et internationales, sans produire d’effets durables sur le terrain. Des engagements ont été évoqués dans différents cadres, notamment à Washington et à Doha, où des discussions directes ont été engagées entre les autorités congolaises et le M23, avec même la signature d’un accord de principe il y a quelques mois. Pourtant, dans la pratique, les cessez-le-feu ne tiennent généralement pas plus de quelques jours, et parfois à peine quarante-huit heures, avant la reprise des combats.
La récente médiation relancée et menée par Luanda illustre une fois de plus ces difficultés. Dans le cadre de cette initiative, les parties ont été appelées à observer un cessez-le-feu afin de préparer un dialogue politique national. Kinshasa avait officiellement adhéré à cet appel, mais presque simultanément, les combats se sont poursuivis dans plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Sur certains axes stratégiques, comme le Point zéro au Sud-Kivu, des affrontements sérieux ont opposé les forces gouvernementales et leurs alliés Wazalendo aux combattants du M23. Dans la zone de Minembwe, toujours au Sud-Kivu, des proches de la communauté Banyamulenge ont dénoncé des attaques de drones attribuées aux forces gouvernementales, montrant que la situation restait très tendue malgré les engagements pris.
Dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, les combats ont pris une dimension particulière autour de la cité minière stratégique de Rubaya. Des affrontements ont opposé les Wazalendo, alliés aux FARDC, à la coalition AFC/M23 à une dizaine de kilomètres de cette zone riche en minerais. Au cours de ces opérations, les forces progouvernementales ont repris le contrôle des villages de Kasenyi, Chugi et Kinigi, ainsi que de la colline stratégique de Kazinga, qui ouvre l’accès vers Mashaki. D’autres localités comme Runigi, Kabara, Kiruli et Kanyalu restent également sous pression. Cette progression a provoqué d’importants déplacements de populations civiles, contraintes de fuir vers des zones plus sûres. Ces offensives montrent clairement que la reprise de Rubaya et de ses mines de coltan et de tantale constitue un objectif majeur pour les forces alliées à Kinshasa.
Ces opérations militaires semblent s’inscrire dans une logique qui dépasse le cadre du cessez-le-feu. Certains responsables proches des Wazalendo ont laissé entendre que la suspension des combats ne concernait pas ces combattants. Le député Willy Mishiki a déclaré sur Radio Okapi le 23 février que ces combattants n’étaient pas liés par les engagements de cessez-le-feu et restaient déterminés à poursuivre les opérations militaires contre le M23, renforçant l’impression que le cessez-le-feu est fragile et difficile à appliquer sur un terrain où plusieurs acteurs armés poursuivent leurs propres objectifs.
De son côté, le M23 accuse régulièrement les forces gouvernementales de violer les engagements pris. Dans une publication diffusée le 24 février sur les réseaux sociaux, son porte-parole Lawrence Kanyuka a affirmé que des drones des forces coalisées du gouvernement bombardaient la cité de Rubaya depuis la nuit, causant des victimes et semant la panique parmi les habitants. Il a qualifié ces attaques de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Ces dénonciations croisées compliquent encore l’établissement d’une confiance minimale entre les deux camps.
Contrairement aux propos du M23, les autorités congolaises tiennent un discours inverse. Dans un communiqué récemment publié par l’armée, les FARDC ont accusé le M23 et ses alliés d’avoir attaqué plusieurs positions militaires dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, notamment à Ihula, Kazaroho, Bugabo, Cahi et Virumbi au Nord-Kivu, ainsi que dans les villages de Mikenge et Kalonge dans les hauts plateaux de Fizi-Uvira. L’armée affirme que ces attaques constituent une violation directe du cessez-le-feu proposé par la médiation angolaise. Elle accuse également les rebelles d’avoir incendié des habitations et tué des civils dans certaines localités, tout en affirmant rester engagée à respecter les recommandations du médiateur.
Au-delà des accusations mutuelles, la réalité du terrain montre que le cessez-le-feu reste difficile à appliquer, chaque camp cherchant à améliorer ses positions militaires avant d’éventuelles négociations. La bataille autour de Rubaya en dit long : le contrôle de cette zone minière stratégique représente un enjeu économique et militaire majeur pour les deux parties. Dans ce contexte, malgré les appels à la cessation des hostilités, les intérêts de chaque camp poussent les belligérants à poursuivre les opérations malgré les engagements pris.
Ainsi, le cessez-le-feu apparaît aujourd’hui comme un pari presque impossible entre Kinshasa et le M23. Tant que les différents acteurs resteront engagés dans une logique de conquête territoriale et de rapport de force, les annonces de trêve risquent de rester des déclarations politiques sans effet durable sur le terrain. La répétition des cessez-le-feu non respectés alimente la méfiance entre les parties et réduit les chances d’une paix négociée rapide dans l’est de la RDC.
Charles Mapinduzi