À la tête du ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, la ministre d’État Raïssa Malu multiplie des décisions qui secouent les habitudes bien ancrées au sein de l’administration. La mise à l’écart de Boniface Mbaka, désormais ancien directeur national de la Direction nationale de contrôle, de la préparation de la paie et de la maîtrise des effectifs des enseignants (DINACOPE), ainsi que l’audit engagé sur le fichier de paie, ont ouvert une séquence politique particulièrement tendue.
Selon des sources proches du dossier, ces mesures visent à assainir un système miné par des pratiques décriées depuis plusieurs années : écoles fictives, gonflement d’effectifs et irrégularités dans le traitement des primes. Mais ces réformes, présentées comme un tournant dans la gouvernance du secteur, dérangent des intérêts établis.
La polémique sur la prime de gratuité
Au cœur de la controverse : une ponction de 20 000 FC sur la prime de gratuité de 80 000 FC accordée à certains enseignants. Le député national Willy Mishiki a publiquement accusé la ministre d’État d’un détournement de 6 milliards de francs congolais.
Des accusations que le cabinet ministériel rejette catégoriquement. D’après les explications fournies par l’administration, la retenue observée serait liée à une incohérence technique intervenue lors de la migration vers un nouveau système de paie intégrant la prime directement dans le salaire bancarisé des enseignants. Une réforme destinée, selon le ministère, à sécuriser les paiements et à éviter les irrégularités constatées lorsque la prime transitait par les frais de fonctionnement des écoles.
Sur instruction expresse de la ministre, le nouveau directeur national de la DINACOPE, Vital Lumbala, aurait procédé à la correction rapide de l’erreur.
Les syndicats montent au créneau
Contrairement aux déclarations du député de Walikale, plusieurs organisations syndicales du secteur affirment ne pas partager ses accusations.
Médard Mwenge Kapay, président de la Délégation syndicale ÉDU-NC, rappelle que la ministre ne dispose d’aucune signature autorisant le décaissement des salaires. « Depuis l’avènement de la bancarisation, aucun responsable du ministère ne manipule physiquement les fonds », souligne-t-il, insistant sur la séparation des compétences entre les services techniques et les organes financiers de l’État.
Même son de cloche du côté du Syndicat libre des enseignants et administratifs de l’Éducation nationale (SYLAD). Son président national, José Gongbaka Lawa, dénonce des « allégations mensongères » et appelle à laisser les technocrates conduire les réformes engagées.
Une bataille politique en arrière-plan
Dans les cercles politiques, certains observateurs estiment que l’affaire dépasse la seule question technique. Des acteurs chercheraient à fragiliser la ministre et à obtenir son départ en exerçant des pressions sur le président de la République, Félix Tshisekedi, et la Première ministre Judith Suminwa Tuluka.
Les soutiens de la ministre parlent d’une riposte de réseaux affectés par l’audit et la suspension de l’ancien directeur de la DINACOPE. Ils rappellent que les finances liées à la paie relèvent d’autres instances, notamment le ministère des Finances, le ministère du Budget, l’Inspection générale des Finances et la Cour des comptes.
Un passif controversé
Les critiques contre Willy Mishiki s’appuient également sur son passé judiciaire et politique. Par le passé, l’élu de Walikale avait été mis en cause dans des affaires judiciaires en Belgique et condamné en 2018 pour coups et blessures volontaires. Ses déclarations antérieures sur le décès d’Etienne Tshisekedi, qu’il avait attribué à un empoisonnement avant d’être contredit publiquement par la journaliste belge Colette Braeckman, sont également régulièrement évoquées par ses détracteurs.
Dans ce climat électrique, la ministre d’État Raïssa Malu poursuit néanmoins son agenda de réformes, affirmant sa détermination à « redresser le système éducatif congolais » et à sécuriser les fonds publics destinés aux enseignants.
Gilbert Ngonga