La décision de la rectrice de l’Université des Sciences de l’Information et de la Communication (UNISIC), la professeure Espérance Bayedila Bakanda Tshimungu, de révoquer 237 agents en un seul geste, a déclenché une onde de choc sans précédent dans le milieu universitaire congolais.
Cette mesure, qui touche enseignants, chercheurs et personnels administratifs, s’inscrit dans ce que beaucoup considèrent comme une purge radicale et sans précédent, et constitue une humiliation directe pour l’ancien rectorat du professeur Kambayi Bwathia.
Une décision sans précédent dans l’histoire de l’UNISIC
Par la Décision rectorale n°017/2026 du 2 février 2026, la rectrice Bayedila a annulé toutes les nominations faites entre 2022 et 2025. Au total, 125 personnels scientifiques, 105 agents administratifs et 7 professeurs sont directement concernés. Aucun agent engagé sous le mandat du professeur Kambayi n’a été épargné. Jamais depuis la création de l’ISTI en 1981, puis sa transformation en IFASIC et enfin en UNISIC, une telle mesure n’avait été prise.
L’ampleur et la rapidité de cette révocation donnent le sentiment d’une volonté de réécrire l’histoire institutionnelle de l’université, effaçant quatre années de travail et d’engagement.
Un acte juridiquement contestable
La rectrice justifie sa décision par la loi n°18/038 du 29 décembre 2018 et le Vade-mecum du gestionnaire des établissements de l’enseignement supérieur et universitaire. Pourtant, plusieurs juristes s’interrogent :
Le principe de sécurité juridique et de non-rétroactivité des actes administratifs créateurs de droits protège normalement les agents dûment nommés et ayant exercé leurs fonctions.
La jurisprudence administrative congolaise précise qu’un acte irrégulier de nomination ne peut justifier une révocation collective sans procédure contradictoire, sans auditions individuelles et sans possibilité de recours interne.
Or, rien de tout cela n’a été observé : les agents concernés n’ont reçu ni notification individuelle, ni audition préalable. Pis encore, la décision assimile des irrégularités de gestion à des fautes imputables aux agents, alors que la responsabilité incombe à l’autorité de nomination.
L’humiliation de l’ancien rectorat et le choc social
Au-delà des considérations juridiques, cette mesure représente une humiliation pour le professeur Kambayi.
Tous ceux qu’il avait engagés et installés dans leurs fonctions ont été licenciés du jour au lendemain, effaçant l’héritage d’un mandat entier. Pour beaucoup, cette décision est perçue comme une attaque personnelle contre l’ancien rectorat et, par extension, contre l’image et l’intégrité de l’institution nationale.
Pour les 237 familles touchées, c’est un coup dur sur le plan social et humain : perte d’emploi, absence de mécanisme de transition, privation de revenus, incertitude quant à l’avenir. Comme le souligne un agent révoqué sous couvert d’anonymat :
« Nous avons travaillé, enseigné et servi l’université avec sérieux. Aujourd’hui, nous sommes jetés dehors sans aucune explication, ni protection sociale. »
Cette situation contrevient à l’esprit de justice sociale défendu par la Constitution congolaise, notamment l’article 36 qui protège le droit au travail et assure une protection contre le chômage arbitraire.
Une gouvernance de rupture qui fragilise l’institution
Plus largement, cette vague de révocations illustre une gouvernance basée sur la rupture plutôt que sur la continuité. En retirant toutes les décisions prises sous le mandat précédent, la rectrice donne l’impression de vouloir effacer l’histoire institutionnelle de l’UNISIC.
Or, dans les universités publiques congolaises, la continuité du service public exige que les changements de dirigeants ne paralysent pas l’institution.
En sanctionnant massivement le personnel plutôt que de corriger les failles administratives, la rectrice Bayedila fragilise une université déjà confrontée à des défis majeurs : sous-effectif, surcharge académique et instabilité administrative.
Une décision historique qui pourrait faire jurisprudence
Cette décision pourrait ouvrir une boîte de Pandore pour l’enseignement supérieur congolais. Demain, chaque nouvelle équipe rectorale pourrait se sentir légitime pour remettre en cause les nominations de ses prédécesseurs, plongeant les universités dans une instabilité chronique.
Déjà, des recours administratifs et judiciaires sont envisagés, et le dossier UNISIC pourrait devenir un cas d’école sur les limites du pouvoir rectoral face aux droits acquis des agents publics.
Christian Ntole