Le ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, a relancé le débat sur le recours aux mercenaires étrangers après la reprise des combats dans l’Est du pays. Suite à une publication faite lundi 29 septembre dernier sur le réseau social X contenant le mot-clé Black-Water accompagné du drapeau congolais, le ministre a est accusé de faire l’apologie de la société américaine de sécurité privée Blackwater, détenue par Erik Prince, déjà impliquée dans le déploiement de mercenaires colombiens en RDC.
Face à la vague de critiques, Jacquemain Shabani a tenté de se justifier en expliquant qu’il faisait simplement référence à une école inaugurée dans le territoire d’Inongo. Mais son explication n’a pas convaincu l’opinion. « Ce n’est qu’en RDC qu’un vice-premier ministre peut se vanter du déploiement de mercenaires, en violation flagrante du droit international », a réagi Olivier Nduhungirehe, chef de la diplomatie rwandaise.
De son côté, Kigali a rappelé que l’accord de Washington et la déclaration de principes de Doha interdisent clairement de tels recours, avertissant que cette fois-ci, le Rwanda ne facilitera plus le rapatriement des mercenaires comme cela avait été fait pour les Roumains défaits à Goma en janvier dernier.
Mais, il faut dire que l’épisode fait ressurgir le traumatisme de la débâcle militaire de Goma. Début 2025, des mercenaires roumains, appelés en renfort par Kinshasa, avaient été défaits par la rébellion du M23 avant d’être rapatriés dans des conditions humiliantes.
« Refaire la même erreur en espérant un résultat différent, c’est de l’inconscience », ironise un internaute, en comparant la situation actuelle à celle du régime Mobutu, lui aussi ayant fait recours aux mercenaires dans les années 1970.
Pour une partie de l’opinion, le véritable problème ne se limite pas à l’efficacité de ces combattants étrangers. Il est plus profond :
« Notre armée est à l’image du pays en faillite. On ne peut pas réformer les FARDC sans réformer l’État », souligne un analyste. La corruption, l’indiscipline et le manque de moyens continuent de miner les forces armées, incapables d’assurer seules la sécurité nationale.
Quoi qu’il en soit, se dit-on, en misant sur des mercenaires, Kinshasa prend un risque politique et diplomatique majeur. « C’est une cécité grave. Les mercenaires ne peuvent pas gagner une guerre régionale et la RDC n’a pas les moyens de les entretenir », dénonce un autre commentateur.
Alors que les processus de Washington et de Doha s’essoufflent, le recours aux mercenaires apparaît comme un aveu d’impuissance de l’État congolais. Mais pour beaucoup, c’est surtout le signe d’un pouvoir qui improvise, au risque d’isoler davantage la RDC sur la scène internationale.
Charles Mapinduzi