À Kinshasa, la quête quotidienne de survie pour les milliers de travailleurs de l’informel, affectueusement surnommés les « Coopérants », est devenue un combat redoublé. L’arrivée de la nouvelle unité de police, connue sous le nom de Kabasele, censée renforcer la sécurité, est désormais perçue comme une menace directe. Ces agents sont accusés d’avoir troqué la lutte contre l’insécurité pour des actes de spoliation systématique et d’interpellations abusives, ciblant ceux qui tentent de subsister faute d’emploi formel. Leurs actions transforment la rue, unique lieu de travail de ces commerçants, en zone de danger permanent.
Témoignages accablants de spoliation et d’arbitraire
Plusieurs vendeurs ambulants ont courageusement partagé leur expérience de ces pratiques qui les plongent dans la misère.
Jean Bia, vendeur de pains, boudins et mayonnaise, un résident de Camp Luka (Ngaliema), est au front de ce combat depuis 15 ans. Il dénonce :
« Les policiers Kabasele nous arrêtent, nous ravissent nos biens et l’argent, et on se retrouve à zéro. »
Il précise que son travail, source de revenus d’environ 80 000 Francs Congolais par jour, est l’unique moyen de nourrir sa famille et de payer son loyer. L’interpellation brutale équivaut à un renvoi forcé au chômage, les laissant sans capital pour redémarrer.
Le même désarroi se lit chez Maman Évida, vendeuse de poissons fumés et surpimentés (évida), également du quartier de Camp Luka. Elle s’indigne de la perte de son outil de travail : « Ils nous confisquent notre marchandise que nous achetons à crédit. On nous jette au cachot, sans moyen de subsister. On nous persécute alors que nous cherchons simplement à vivre dignement. »
Dans les artères centrales, un vendeur d’eau en bouteille ajoute :
« Déjà que nous faisons face aux Kuluna (bandits), la police Kabasele nous agresse et nous menace. Ils nous piquent tout ce que nous avons. »
Un jeune cireur de Kintambo Magasin renchérit, pointant du doigt les conséquences sociales :
« Si la police nous enlève notre petit capital, comment allons-nous survivre ? Ils nous poussent à la rue ou, pire, à la délinquance. »
Un appel solennel à la protection de l’État
Ces témoignages révèlent une profonde crise humanitaire et de gouvernance. Les vendeurs ambulants, souvent chefs de famille, réclament non seulement la fin de ces exactions, mais également une reconnaissance formelle de leur activité. Ils lancent un appel solennel au Chef de l’État pour qu’il intervienne. L’objectif est double : réglementer ce secteur vital de l’économie informelle et mettre en place une politique de sécurité qui protège le citoyen travailleur au lieu de l’opprimer. L’État congolais est ainsi sommé d’honorer son engagement de sécuriser ses citoyens et de garantir un minimum de dignité à ceux qui se battent chaque jour pour leur survie.
Guyvenant Misenge