La ville de Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, a connu une double actualité ce jeudi 25 septembre 2025, marquant un tournant dans la gestion de la sécurité routière locale. D’une part, la mairie a publié un communiqué officiel détaillant une série de mesures dites « urgentes » de prévention et de sécurité routière.
Ces dispositions, visant à enrayer la recrudescence des accidents de circulation sur les tronçons asphaltés, exigent désormais des conducteurs de motos-taxis la détention d’une plaque d’immatriculation, d’un casque de protection, d’un gilet numéroté et d’une carte d’identification complète.
L’objectif affiché est clair : garantir la sécurité et préserver des vies humaines.
D’autre part, simultanément à cette annonce, un bouclage policier a été lancé pour traquer les motards ne respectant pas immédiatement ces nouvelles exigences, conférant à l’application de l’arrêté une dimension coercitive.
Cette opération policière a immédiatement suscité de vives contestations dans le rang des motos-taxis. De nombreux conducteurs ont dénoncé des mesures « budgétivores » et inopportunes, compte tenu de la situation socio-économique précaire aggravée par l’insécurité persistante dans la province. Au rond-point Picnic, plusieurs motards ont plaidé pour davantage de patience de la part du maire, soulignant leur incapacité à maximiser leurs recettes et, par conséquent, à acheter les équipements requis.
Certains, à l’instar de Kambale, estiment que ces équipements devraient être fournis par les vendeurs de motos, soupçonnant une « commercialisation » de la situation. D’autres critiques ont porté sur la qualité des équipements disponibles, notamment des casques jugés inconfortables : ils réduiraient l’audition, provoqueraient de fortes chaleurs et nuiraient paradoxalement à la sécurité.
Toutefois, une minorité de motards reconnaît avoir été préalablement sensibilisée à la nécessité de se doter de ces équipements, et certains les avaient déjà acquis. Mais ces derniers affirment subir des représailles de leurs collègues hostiles à l’initiative.
Face à cette situation, la police, par la voix du commissaire supérieur Ndolelire Yassin, commandant du groupe PCR, a appelé les victimes d’actes d’intimidation à dénoncer leurs agresseurs.
En attendant une issue à ce bras de fer entre motards et services spécialisés, les engins saisis par la police ne sont restitués qu’après paiement d’amendes pouvant atteindre 30 dollars, contraignant de facto les conducteurs à se conformer aux nouvelles règles.
Cette situation illustre une nouvelle fois la difficulté pour les autorités de Bunia à concilier l’impératif de sécurité routière avec les réalités socio-économiques locales, où chaque mesure de régulation se heurte à un terrain miné de tensions sociales.
Guyvenant Misenge