Depuis près de quatre ans, le président Félix Tshisekedi ne contrôle plus certains pans entiers du territoire national. La cause principale : la guerre imposée au pays par Kigali via ses proxies du M23, qui se sont emparés de plusieurs agglomérations dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
Malgré l’appui des Forces armées congolaises par des troupes partenaires de l’EAC, de la SADC, du Burundi, de la MONUSCO, de mercenaires roumains et de résistants locaux Wazalendo, la menace rebelle reste intacte. Les efforts militaires n’ont jusqu’ici pas suffi à inverser la situation.
Entre politique et diplomatie
Face aux revers sur le terrain, Kinshasa s’est engagée sur les fronts politique et diplomatique pour tenter d’obtenir une désescalade. De Nairobi à Luanda, en passant par Addis-Abeba, plusieurs processus de paix africains ont été sollicités, sans résultats probants.
La menace que font peser les rebelles sur son pouvoir a même conduit le chef de l’État à recourir à Washington, contre des concessions sur les gisements miniers congolais. Le 27 juin dernier, un accord inattendu a été signé entre la RDC et le Rwanda pour tenter de mettre fin à des violences qui durent depuis près de trente ans.
Parallèlement, Kinshasa s’est engagée sur un autre front à Doha, où le Qatar participe à des pourparlers avec la RDC. Bien que les prémices d’une sortie de crise ne soient pas encore visibles, le gouvernement congolais espère que l’émir qatari réussira à convaincre le M23 de revenir à la paix.
Comme il l’affirmait dès son accession au pouvoir en 2019, Félix Tshisekedi se considère pleinement président seulement lorsque la paix sera effective en RDC. Il semble aujourd’hui engagé sur tous les fronts pour réimposer l’autorité de l’État.
La paix à tout prix… mais sous conditions
Contrairement à ses prédécesseurs, Mobutu et Joseph Kabila, qui n’hésitaient pas à « serrer la main du diable » pour maintenir l’unité du pays, Félix Tshisekedi recherche une paix qu’il peut contrôler.
Sa sortie médiatique lors du dernier congrès de l’Union sacrée a surpris plus d’un :
« Je ne me laisserai pas distraire par des initiatives venant de l’extérieur. Le dialogue est permanent en RDC et les Congolais n’ont pas besoin de facilitateurs », a-t-il déclaré, en réponse aux invitations de la Fondation Thabo Mbeki à participer à un cadre de dialogue du 3 au 6 septembre.
Selon plusieurs analystes, dans le contexte actuel où toutes les voies ont été vainement explorées, le retour de la paix devrait primer sur toute considération de provenance : de Kagame, de Kabila, de Katumbi, de Kinshasa, de Washington ou de Doha. Toute démarche visant à restaurer l’autorité de l’État mériterait soutien et accompagnement.
En affirmant que
« les Congolais veulent reconstruire leur pays et le sortir de la crise et non avec des Congolais inféodés au diktat des pays voisins », le président semble vouloir la paix, mais uniquement celle qu’il contrôle.
Une posture aux conséquences imprévisibles
Cette position comporte toutefois des risques. En écartant les facilitateurs internationaux, Félix Tshisekedi pourrait discréditer les multiples processus de paix en cours et décourager les partenaires extérieurs.
De plus, la sélection stricte des solutions pourrait radicaliser certains Congolais, accusés – à tort ou à raison – de collusion avec les pays agresseurs, et compromettre toute initiative de paix inclusive. Le président doit donc s’interroger sur la paix dont il a réellement besoin : la paix des braves ou la paix triomphante qui ferait de lui le héros.
Dans le contexte actuel, où le M23 demeure en position de force, la recherche d’une paix triomphante risque d’être improductive.
Charles Mapinduzi