Constant Mutamba survivra-t-il à son procès ? La question reste entière. Alors que son sort devait être scellé ce mercredi 27 août, l’ex-ministre de la Justice retient encore son souffle, la Cour de cassation ayant renvoyé son verdict au 1er septembre prochain. Un délai qui alimente à la fois l’impatience de ses partisans et le scepticisme de l’opinion publique.
Un report in extremis qui interroge
Le report in extremis du jugement passe mal dans l’opinion. Beaucoup peinent à comprendre pourquoi la Cour, fidèle à une certaine opacité, n’a pas anticipé sa communication.
« On ne reporte pas un verdict comme on le souhaite. S’il devait y avoir renvoi, une ordonnance aurait été rendue la veille », a réagi un expert en droit.
Même Constant Mutamba, en route vers la Cour de cassation, espérait connaître l’issue de son feuilleton judiciaire. L’annonce tardive, justifiée par le manque de préparation des juges après plusieurs jours d’attente, suscite donc des interrogations.
Une pression populaire déterminante ?
Pour de nombreux analystes, cette décision tardive pourrait s’expliquer par la pression populaire. Depuis plusieurs jours, Mutamba a mobilisé ses soutiens, organisant des veillées de solidarité à sa résidence. Sur les réseaux sociaux, ses partisans ont multiplié les attaques contre certains responsables, accusés de vouloir l’écarter du jeu politique : la Première ministre Judith Suminwa, Vital Kamerhe, le Procureur général Firmin Mvonde ou encore le ministère public.
La tension est montée d’un cran au point que la justice a ordonné de traquer les militants à l’origine de messages jugés subversifs. Un dispositif sécuritaire conséquent a même été déployé pour prévenir d’éventuels affrontements entre pro-Mutamba et forces de l’ordre.
« La capacité du peuple à influencer un report de verdict illustre son pouvoir à interpeller les autorités, en usant des réseaux sociaux et d’autres moyens pacifiques », commente une journaliste.
Tshisekedi, l’ombre derrière le dossier ?
Reste une question de fond : le président Félix Tshisekedi laissera-t-il tomber son ancien ministre ? Certains observateurs en doutent. Ils rappellent que d’autres proches du pouvoir, accusés de détournements, ont échappé à toute sanction. L’exemple du ministre des Finances, Nicolas Kazadi, cité dans plusieurs scandales mais défendu publiquement par le chef de l’État, est encore dans les mémoires.
Dès lors, faut-il voir dans ce report une décision strictement judiciaire, ou bien une manœuvre politique destinée à protéger un fidèle du régime ? Dans un contexte où nombre de « prédateurs » présumés semblent bénéficier d’une immunité tacite, la question reste ouverte.
Charles Mapinduzi