Les rues de Kinshasa sont le théâtre d’un nouveau fléau, une insécurité grandissante qui s’abat sur les motards, ces héros du quotidien qui zigzaguent entre les embouteillages pour faire vivre leurs familles. Un phénomène pernicieux, surnommé la « drogue du sommeil », sème la terreur et la misère parmi eux. Des récits glaçants de motards de Kintambo Magasin, qui fréquentent les axes de Pompage, la DGC et l’UPN, dessinent le tableau d’une ville où le danger se cache dans un simple service rendu.
Loin des braquages violents, cette nouvelle technique de vol s’apparente à une trahison silencieuse. Un passager au visage amical, une boisson offerte, et la vie bascule. L’hospitalité, valeur cardinale dans la culture kinoise, est ici détournée pour devenir une arme de dépouillement. Le motard s’effondre, et à son réveil, ne reste que le vide : la moto, l’outil de travail, l’espoir d’un avenir meilleur, a disparu.
Des récits douloureux et un désespoir grandissant
« Je me suis arrêté pour acheter de l’eau », raconte Jean, le regard perdu dans le vague. « Un monsieur très poli m’a offert un jus. J’ai bu. Et c’est le trou noir. Je me suis réveillé plusieurs heures plus tard dans un petit poste de police… On m’avait tout pris : mon téléphone, mon argent, et ma moto. C’est comme si on m’avait volé ma vie. »
Un autre motard, Merveille, un jeune homme à l’énergie débordante, confie sa peur.
« La moto, c’est mon gagne-pain. C’est avec ça que j’envoie mes petits frères à l’école. Maintenant, on se méfie de tout le monde. On a peur de prendre un client, peur de s’arrêter… L’insécurité est partout. On se bat pour rien. »
Ces voix témoignent d’une souffrance qui dépasse le simple préjudice matériel. C’est la dignité qui est atteinte, la confiance qui est brisée. Les victimes de ces vols se retrouvent démunies, sans recours, face à un système qui semble impuissant à les protéger. L’ombre de la « drogue du sommeil » plane sur chaque course, transformant chaque client en un suspect potentiel et chaque transaction en un risque mortel.
Une lutte pour la survie et un appel à l’aide
Face à cette menace invisible, la solidarité entre motards s’organise. Ils se donnent des consignes de vigilance, se partagent les informations sur les méthodes des voleurs, mais la peur reste palpable. L’économie informelle des motards, un pilier de la survie à Kinshasa, est mise à rude épreuve par cette vague d’agressions.
Les motards lancent un appel vibrant aux autorités et à la population. Ils ne sont pas seulement des transporteurs, mais des pères, des frères, des soutiens de famille. Ils demandent aux forces de l’ordre de prendre ce problème au sérieux et de mener des enquêtes pour démanteler ces réseaux. Ils exhortent les Kinois à la vigilance et au respect, rappelant que derrière chaque moto, il y a une histoire, une vie, un rêve brisé par la « drogue du sommeil ».
Ce phénomène, si répandu, pourrait-il être le symptôme d’un problème plus profond de pauvreté et de désespoir dans la capitale ?
Guyvenant Misenge