Il y a 24 ans, le 23 avril 2002, Étienne Tshisekedi prenait une décision politique inattendue en s’alliant à la rébellion du RCD-Goma ainsi qu’à d’autres forces politiques. Cette alliance donna naissance à l’Alliance pour la Sauvegarde du Dialogue intercongolais (ASD), une plateforme créée dans un contexte de fortes tensions autour du Dialogue intercongolais. La ville de Kisangani, alors sous contrôle du RCD-Goma, fut choisie comme quartier général de cette coalition, selon l’historien Benjamin Babunga.
Pour comprendre cette alliance, il faut remonter au lancement du Dialogue intercongolais, le 25 février 2002 en Afrique du Sud. Ces discussions réunissaient plusieurs acteurs congolais, notamment le gouvernement de Joseph Kabila, les groupes rebelles, l’opposition politique et des représentants de la société civile. L’objectif était de trouver une issue à la crise que traversait le pays. Mais, comme le rappelle Benjamin Babunga, les échanges ont rapidement révélé de profondes divisions entre les parties prenantes.
À la veille de la clôture des négociations, prévue le 18 avril 2002, aucun accord global n’avait été trouvé. Le 19 avril, un compromis est signé dans la nuit entre le gouvernement de Joseph Kabila, le MLC de Jean-Pierre Bemba et d’autres composantes. Cet accord, dit « Accord des Cascades », prévoyait une transition avec Kabila comme président et Bemba comme Premier ministre. Toutefois, plusieurs acteurs majeurs, dont l’UDPS de Tshisekedi et le RCD-Goma, n’avaient pas été associés à cette entente.
Cette exclusion provoqua une vive réaction. Trois jours plus tard, le 23 avril 2002, les parties écartées décidèrent de se regrouper pour former une nouvelle alliance politique. L’ASD fut ainsi créée avec pour objectif de s’opposer à la mise en place d’un gouvernement issu d’un accord conclu sans leur participation. Étienne Tshisekedi prit la tête de cette plateforme, rassemblant, en plus du RCD-Goma, plusieurs mouvements politiques et figures de l’opposition.
Selon Benjamin Babunga, cette alliance réunissait notamment Raphaël Katebe Katoto, Adolphe Onusumba et Azarias Ruberwa. Kisangani devint alors le centre de coordination de leurs actions. Quelques mois plus tard, Étienne Tshisekedi s’y rendra pour consolider ses relations avec ses alliés du RCD-Goma, dans un climat politique toujours très tendu.
Face aux blocages, la communauté internationale intervint pour relancer les discussions. Des démarches furent entreprises afin de ramener les différentes parties autour de la table. Ce processus aboutira finalement à un nouvel accord signé en décembre 2002, puis validé en 2003, ouvrant la voie à une transition politique dirigée par un président assisté de quatre vice-présidents.
Malgré cette évolution, Étienne Tshisekedi resta en dehors des institutions mises en place durant la transition. Le poste réservé à l’opposition politique fut attribué à une autre personnalité. En réaction, il appela au boycott de certaines étapes politiques majeures, avant de revenir sur la scène électorale plusieurs années plus tard, rappelle l’historien Benjamin Babunga.
Jean Ngaviro