Un opérateur économique, agissant sous la bénédiction du Directeur provincial de la Direction générale des douanes et accises (DGDA) pour la province de l’Ituri, entretient un réseau criminel et mafieux opérant en toute illégalité de plusieurs mois au poste frontalier dénommé Lia; à partir duquel on fait passer du carburant, avec un simple bon de livraison, sans déclaration, moyennant 10.000$ et à plus ou moins 40 km de là, à un autre poste frontalier appelé Vura, la déclaration se négocie entre 13 et 14. 000$. faits que dénonce aujourd’hui le cabinet d’avocats Me Kayamba Kasongo, avocats aux barreaux de Kinshasa/Gombe et de Kinshasa/Matete.
Les faits
Dans une correspondance datée du 31 juillet dernier et adressée au ministre de la Justice et Garde des sceaux, avec objet « Dénonciation (alerte) DGDA/Ituri/produits pétroliers aux frontières d’Ombay et Mahagi, un réseau de fraudeurs dont les agents de la DGDA opèrent en toute impunité sous couverture du DP de la DGDA/Ituri », le cabinet d’avocats porte à la connaissance du Garde des sceaux des faits répréhensibles.
A en croire ces avocats, un réseau criminel opère en toute impunité dans le secteur douanier et la chaîne des manœuvres est tout simplement révoltant. « Tout commence au niveau de la représentation de la DGDA au Kenya et à Kampala. Désormais, toutes les importations des produits pétroliers qui jadis passaient par la Grande frontière d’ARU/VURRA, ont changé de cap vers la petite barrière d’Ombay située à une vingtaine de kilomètres d’Aru. Sous le régime de Kabila, un opérateur économique tristement célèbre du nom de Kenda Odu James gérait déjà à l’époque toute la frontière de Kengezi Base (frontière avec le Sud-Soudan), où toutes les importations des produits pétroliers passaient, sans aucune formalité douanière, et ce, sous le regard impuissant de toutes les autorités tant locales que provinciales », font observer ces avocats dans leur dénonciation.
Cette pratique, qui avait entraîné de graves conséquences à la suite des investigations et poursuites qui s’en étaient suivies, reprend de plus belle, notent-ils par ailleurs.
Important manque à gagner
Au mois de juin, dénombrent-ils d’autre part, 156 camions-citernes et au mois de juillet, 232 camions-citernes sont passés par cette frontière. Ce qui donne lieu à une importante quantité de produits pétroliers sont stockés dans l’entrepôt de l’opérateur économique mafieux, tandis que d’autres appartenant aux sujets somaliens et aux opérateurs économiques locaux commercialisant à Ariwara, Durba, Isiro, Moku, Bolebole.. passent sans aucune formalité douanière, moyennant un paiement de 9500 USD perçus par les agents assimilés aux douaniers actuellement installés sur place pour le besoin de la cause, renseignent ces avocats.
Pour toutes ces quantités réellement passées par ce poste frontalier, le réseau s’arrangent pour payer les déclarations d’au maximum 50 camions en vue de distraire les autorités de Kinshasa et ainsi détourner l’attention sur leur pratique.
Bande de criminels économiques
Le réseau est constitué de personnes ci-après :
1. M. Kenda Odu James qui gère la frontière et accorde un forfait mensuel à tous les agents de la DGDA affectés dans cette frontière pour obtenir leur silence. Il a également établi à la tâche un sujet ougandais chargé du ramassage de tous les documents de transport des camions qui arrivent aux fins de lui permettre de garder le contrôle sur toutes les entrées, sans exception;
2. Le Directeur provincial de la DGDA/Ituri : il assure la couverture de toutes ces importations et s’arrange avec Kenda Odu James pour pérenniser cette pratique et inquiéter au besoin tout agent de la DGDA qui tente de s’opposer. C’est également lui qui déterminer le pourcentage à déclarer (environ 20% des importations mensuelles);
3.Les représentants de la DGDA au Kenya et à Kampala : ceux-ci s’occupent de la désinformation. Ils choisissent délibérément de masquer le passage d’environ 80% des importations visées pour la fraude et ne déclarent que 20% que le réseau paie au compte du trésor ;
4.Le chef local de la DGDA/Ombay : M. Abakwito. C’est lui la plaque tournante des opérations du réseau mafieux, en sa qualité de responsable administratif de la frontière. Il figure dans la clé de répartition et établit à son niveau la statistique en conformité avec les données des représentants du Kenya et de Kampala.
Étendue de la gabegie
Depuis le mois de mai 2024, environ 5 millions de dollars échappent au trésor au profit de ce réseau mafieux qui, non seulement, occasionne un manque à gagner au compte du Trésor public, mais déstabilise également l’économie locale.
Le financement des groupes armés et autres formes de déstabilisation du régime passent par ces pratiques. Tout se fait publiquement, et sans avoir peur de la loi, étant donné que le réseau a réussi à impliquer tout le monde dans cette mafia.
Du côté de Mahagi, ce sont les mêmes opérations. Tout commence au niveau de la représentation de la DGDA au Kenya et à Kampala.
Depuis janvier 2025, environ 800 camions-citernes chargés de produits pétroliers sont passés par la frontière, sans aucune formalité douanière. A la frontière avec l’Ouganda (Mahagi), le Directeur provincial opère avec un autre réseau qu’il a mis à place. Les sujets somaliens, qui importent les produits pétroliers, ne collaborent pas directement avec le Directeur provincial de la DGDA. Ils opèrent via leurs contacts, principalement des déclarants en douane oeuvrant au poste frontalier; lesquels sont, en réalité, des collaborateurs du Directeur provincial qui, à son tour, fait injonction à la douane pour le passage de ces camions-citernes, sans déclaration de leurs marchandises.
Les déclarants paient 8500 dollars, ce qui est largement en deça de la valeur de 11.500 dollars arrêtée par la loi.
Une mafia bien huilée
Le produit ainsi passé par contrebande n’obtient aucun document, sinon de fausses déclarations qu’ils octroient aux conducteurs. Sur la route vers Bunia, chaque service de contrôle a droit une enveloppe dont la valeur est déjà connue des importateurs qui peuvent atteindre les sites de déchargement, sans crainte.
Pour toutes ces quantités réellement passées par fraude, le Directeur provincial décide souverainement des plaques à déclarer régulièrement, en vue d’équilibrer la recette et ainsi détourner le regard de Kinshasa sur ses pratiques.
Le réseau de Mahagi est constitué des personnes ci-après :
1. Le chef local de la DGDA/Mahagi;
2. Christian Ilunga, déclarant en douane;
3. Malemba Daniel, déclarant en douane et homme de confiance du chef local qui gère en même temps les différents chantiers des immeubles que ce dernier érige à Mahagi ;
4. Bovic Malamu, déclarant en douane;
5. Joseph Lobanga, déclarant en douane.
Christian Ntole