L’ex-chef de l’État congolais cherche à retrouver sa place sur la scène politique, près de sept ans après avoir quitté le pouvoir.
Affaibli par celui qu’il a contribué à porter à la magistrature suprême, Joseph Kabila a progressivement perdu son influence après la rupture de la coalition FCC-CACH et la défection de nombreux de ses fidèles au profit de Félix Tshisekedi.
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Depuis, l’ancien président s’est retranché tour à tour dans ses fermes de Kingakati puis de Kashamata, avant de s’exiler à l’étranger.
Dans ce contexte, son successeur a consolidé son pouvoir, renforçant à la fois son contrôle politique et sécuritaire sur le pays, au point d’envisager une révision constitutionnelle pour prolonger indéfiniment son mandat. Si le M23 n’avait pas conquis Goma et Bukavu, Félix Tshisekedi semblait prêt à engager la RDC vers une 4e République.
Face à cette dynamique, alors qu’il expérimentait l’exil après avoir dirigé le pays durant près de deux décennies, Joseph Kabila a mesuré le risque d’une disparition progressive de la scène politique. Ses soutiens se sont amenuisés, certains restant fidèles, mais sans garantie de le suivre encore longtemps face à un pouvoir Tshisekedi qui paraît de plus en plus solidement installé.
Un retour opportuniste et calculé
Conscient de son affaiblissement, Kabila a profité de l’offensive du M23 dans l’Est pour tenter de rebondir politiquement. Pourtant, il y a une dizaine d’années, cette même rébellion l’avait durement combattu, occupant même Goma durant plusieurs jours.
Son retour a néanmoins suscité la surprise de l’opinion : comment l’ex-président peut-il s’appuyer sur un contexte sécuritaire instable, créé par des groupes qui l’ont naguère combattu, pour tenter un come-back ?
Pour beaucoup, il s’agit d’un retour par la petite porte pour celui qui fut autrefois l’homme fort du pays. Peut-être n’avait-il pas d’autre choix. Privé d’une grande partie de son aura, visé — à tort ou à raison — par des poursuites du régime en place qui est allé jusqu’à lever ses immunités parlementaires, Kabila semble désormais contraint de chercher un nouvel espace politique dans un camp hostile au pouvoir.
Des consultations symboliques sans véritable impact
Afin de renforcer sa visibilité, Joseph Kabila a lancé des « consultations citoyennes » visant officiellement à recueillir les avis des Congolais sur la crise politique et sécuritaire actuelle. D’abord à Goma (Nord-Kivu), puis à Bukavu (Sud-Kivu), il échange avec des professeurs d’université, des groupes de femmes, des acteurs politiques et des membres de la société civile.
Cependant, ces consultations peinent à susciter un véritable engouement national. Leur finalité interroge, d’autant que Kabila, désormais sans fonctions exécutives, ne dispose plus de leviers institutionnels pour appliquer d’éventuelles recommandations. Même au Sénat, où il aurait pu encore intervenir, ses immunités ont été levées.
Bien que son expérience et son statut d’ancien président fassent encore de lui une figure politique importante, il apparaît aujourd’hui en perte de vitesse, peinant à peser sur l’évolution de la situation politique et sécuritaire du pays. Face à un pouvoir Tshisekedi solidement ancré, Joseph Kabila, devenu l’ombre de lui-même, s’efforce tant bien que mal de maintenir son existence politique.
Charles Mapinduzi
