Le processus de paix entre Kinshasa et le M23 est-il dans l’impasse ? C’est en tout cas l’impression qui se dégage plusieurs semaines après le lancement des pourparlers entre les deux camps. Les signaux rassurants tardent à se manifester, laissant craindre un échec progressif de cette initiative menée sous l’égide du Qatar.
Bien que les négociations se soient tenues dans la discrétion, les délégations congolaises et celles de la rébellion ne se sont plus retrouvées autour de la table depuis plusieurs jours, selon une source proche du dossier. Un signe révélateur d’un blocage profond.
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Un processus au point mort
Ce processus, censé résoudre une crise politico-sécuritaire aiguë, intervient alors que Kinshasa affronte un groupe armé qui contrôle plusieurs pans du territoire national, dont deux chefs-lieux provinciaux. Malgré un contexte extrêmement tendu, les discussions semblent gelées.
Pourtant, en avril dernier, un communiqué conjoint diffusé sur les ondes de la Radio-Télévision nationale avait suscité de l’espoir. Les deux parties s’y engageaient à un cessez-le-feu immédiat, au rejet des discours de haine et à d’autres mesures de désescalade. Mais cet élan s’est rapidement essoufflé, les négociations ayant achoppé sans avancée notable depuis.
Face à cette paralysie, la rébellion aurait exprimé son intention de se retirer des discussions. Des informations indiquent que ses délégués ont été rappelés temporairement à Goma, compliquant davantage la dynamique des pourparlers.
Vers un échec comme à Luanda et Nairobi ?
À l’instar des précédents processus de paix de Luanda et de Nairobi, celui de Doha semble aujourd’hui dans une impasse inquiétante. D’un côté comme de l’autre, les exigences posées apparaissent irréconciliables, mettant même les médiateurs dans une posture difficile.
Le principal point de friction demeure la demande du M23 concernant la libération de prisonniers accusés de liens avec le Rwanda. Kinshasa, en retour, invoque l’indépendance de la justice et la gravité des actes reprochés à ces détenus.
Sur le terrain, une accalmie apparente règne sur plusieurs lignes de front, mais des affrontements sporadiques opposent régulièrement le M23 aux groupes Wazalendo, alliés du gouvernement. Parallèlement, la rébellion continue d’étendre son emprise, notamment à Walikale, zone stratégique ouvrant sur d’autres provinces telles que la Tshopo.
« Ici à Bukavu, rien ne montre que le M23 va bientôt partir. On dirait qu’il s’installe pour de bon. On voit même des chars de combat en patrouille », témoigne Richard L., habitant local.
Des signes qui laissent penser que même au sein du M23, peu croient encore à une issue rapide et favorable du processus de Doha.
Une rhétorique gouvernementale qui se durcit
À Kinshasa, le ton semble également évoluer. Le gouvernement, qui au lancement des pourparlers avait assoupli sa position à l’égard du M23, semble revenir à une ligne plus dure. Le porte-parole Patrick Muyaya qualifie à nouveau le mouvement de rébellion, laissant supposer un refroidissement dans les relations.
L’ombre de Joseph Kabila, facteur de perturbation ?
Alors que les pressions internes et internationales commençaient à porter sur le M23, l’arrivée de l’ancien président Joseph Kabila à Goma pourrait brouiller les cartes. Sa présence, inédite depuis le début du conflit fin 2021, semble renforcer symboliquement le mouvement rebelle.
Jusqu’ici, Kinshasa a toujours présenté cette guerre comme une agression extérieure menée par Kigali. Mais avec la présence physique de Kabila à Goma, la nature du conflit pourrait être requalifiée en guerre « congolo-congolaise », ce qui changerait radicalement la lecture de la communauté internationale.
De plus, aucune voix régionale ou internationale n’a dénoncé cette présence de l’ex-président à Goma, ce qui pourrait être interprété comme une caution tacite. Pour le M23, c’est une carte diplomatique et politique de poids qui pourrait justifier son retrait des discussions de Doha, en misant sur l’appui d’une figure influente disposant encore de solides relais à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.
Dans ce contexte, Kinshasa se retrouve face à une situation doublement complexe : la perte du narratif de la guerre d’agression et la montée en puissance d’un adversaire désormais soutenu, en apparence, par une figure de l’élite politique congolaise.
Charles Mapinduzi
