Les relations entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi se sont dégradées au point de sembler irréconciliables. Autrefois acteurs clés de la première alternance politique pacifique en RDC, ils ont désormais dressé un mur invisible aux conséquences imprévisibles sur l’échiquier politique national.
Depuis la rupture de la coalition FCC-CACH fin 2020, les deux hommes ne se sont plus rencontrés, et leurs rapports sont aujourd’hui marqués par une hostilité manifeste. Si, par le passé, Kinshasa a soutenu la destitution de Zoé Kabila, frère de l’ancien président, de son poste de gouverneur du Tanganyika, ordonné l’interpellation de sa sœur jumelle Jaynet Kabila ou encore toléré le saccage de la Fondation Laurent-Désiré Kabila, jamais les attaques contre l’ancien chef de l’État n’avaient atteint un tel niveau.
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Kabila, accusé d’être le « commanditaire » de la guerre du M23
En février dernier, alors que Joseph Kabila restait fidèle à son légendaire silence, Félix Tshisekedi, en marge d’un sommet à Munich, en Allemagne, a lâché une déclaration fracassante : « Le vrai commanditaire de cette guerre, c’est Joseph Kabila. Mais il ne l’assume pas. »
Cette accusation a ensuite été relayée et amplifiée par Jean-Pierre Bemba, vice-Premier ministre en charge de la Défense, ainsi que par d’autres figures du pouvoir, plaçant Kabila au cœur du débat en pleine crise sécuritaire.
Face à cette pression croissante, l’ancien président est sorti de sa réserve. Il a signé une tribune incendiaire dans un média sud-africain, interprétée par de nombreux Congolais comme une prise de position favorable au M23. Quelques jours plus tard, il s’est également exprimé sur la situation sécuritaire du pays à travers un média officiel namibien — une démarche inédite pour un homme d’ordinaire si discret.
Alors que le M23 contrôle de vastes pans du territoire congolais et que la gouvernance de Kinshasa fait face à de sévères critiques, l’ancien président a décidé de suspendre ses recherches scientifiques pour se consacrer pleinement à la situation politique et sécuritaire de son pays. Toutefois, aucun détail n’a filtré sur la nature de ses actions à venir.
Vers un retour de Kabila sur la scène politique ?
Pour nombre d’observateurs, « le lion [Kabila, ndlr] est prêt à sortir de son antre et à frapper fort ». L’ancien président a récemment restructuré la direction de son parti, signe qu’il pourrait être en train de préparer un retour actif sur la scène politique. Se positionne-t-il pour un affrontement direct avec son successeur ? La question reste entière.
Des interpellations en cascade dans le camp Kabila
Dans le sillage de ces tensions, plusieurs cadres du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), ancien parti présidentiel, ont été interpellés ou convoqués par la justice militaire congolaise. Parmi eux, Aubin Minaku, vice-président du parti, Ferdinand Kambere, secrétaire permanent adjoint, et Emmanuel Ramazani Shadary, secrétaire permanent. Une douzaine de proches de Joseph Kabila sont soupçonnés de liens avec le M23.
Le Front commun pour le Congo (FCC), plateforme politique pro-Kabila, a dénoncé ces convocations, estimant qu’elles s’inscrivent dans « un contexte marqué par une multiplication d’accusations mensongères et de manœuvres visant à salir l’image de son Excellence Joseph Kabila ».
Une stratégie pour pousser Kabila à la faute ?
À ce stade, l’issue de ces interpellations reste incertaine. Si des preuves venaient à être avancées, les auditions pourraient déboucher sur des arrestations et des détentions provisoires. Mais même en l’absence d’éléments tangibles, ces convocations pourraient s’inscrire dans une stratégie de pression politique visant à affaiblir Kabila en le privant de ses principaux soutiens.
Certains analystes estiment que Félix Tshisekedi cherche à provoquer une réaction de l’ancien président. En convoquant et possiblement arrêtant plusieurs de ses proches, le pouvoir testerait la patience de Kabila, espérant le pousser à une erreur stratégique qui justifierait des mesures plus radicales contre lui, comme une arrestation ou une saisie de ses biens.
La crise actuelle entre Tshisekedi et Kabila atteint un niveau inédit. Reste à savoir si l’ancien président restera dans l’ombre ou s’il choisira de riposter frontalement. Une escalade politique majeure semble désormais possible.
Kilemasi Muhindo
