Les deux Chambres du Parlement congolais traversent aujourd’hui des secousses imprévisibles, alors qu’elles sont dominées par des députés et sénateurs issus de la coalition au pouvoir. Au cœur de cette tension, certains élus nationaux cherchent à prendre le contrôle des bureaux respectivement dirigés par Sama Lukonde et Vital Kamerhe, en leur adressant un certain nombre de griefs.
L’Union sacrée est-elle en crise ?
Au Sénat et à l’Assemblée nationale, des élus affirment avoir réuni plusieurs dizaines de signatures pour destituer les deux bureaux. Les pétitionnaires semblent déterminés : une soixantaine de signatures visant Sama Lukonde et environ une centaine dirigées contre Vital Kamerhe.
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Des soutiens existent même au sein de l’Union sacrée. Selon certaines indiscrétions, des responsables du cercle présidentiel pourraient être à l’origine de manœuvres visant à écarter le président de la Chambre basse, perçu comme un obstacle du fait de ses positions tranchées sur la crise sécuritaire. Sama Lukonde, peu loquace, pourrait également être la cible d’une guerre de palais visant à reprendre le contrôle de l’appareil législatif.
Cependant, d’autres élus, également membres de l’Union sacrée, se sont regroupés pour soutenir Vital Kamerhe et contrer la menace de destitution. Vendredi dernier, alors qu’ils préparaient une déclaration de soutien, ces députés ont été brièvement interpellés avant d’être relâchés dans la nuit du samedi 6 septembre.
Des divisions au sein de la majorité présidentielle
À l’origine de cette instabilité se trouvent essentiellement des membres de la majorité présidentielle. Cette adversité interne laisse entrevoir des fissures. Récemment, Vital Kamerhe s’est plaint que des acteurs inventaient des accusations pour le dresser contre le président Félix Tshisekedi. Quoi qu’il en soit, ces initiatives ont créé frustrations et divisions au sein de la coalition, qui paraissait jusque-là très compacte avec 90% des élus pro-régime.
Le rôle ambigu de Félix Tshisekedi
Le président congolais reste en retrait, laissant les pétitionnaires agir sans intervention publique. Selon certaines sources, il aurait mis en garde contre la déstabilisation des Chambres dans un contexte sécuritaire tendu, notamment lié au M23. Toutefois, aucun ordre formel n’a été donné pour freiner l’initiative. Cela soulève des questions : le président laisse-t-il ses partisans s’entre-déchirer pour qu’émerge le plus fort ? Ou agit-il en coulisses pour repositionner ses alliés fidèles à la tête du Parlement ?
À qui profite réellement le chaos ?
Cette instabilité bénéficie avant tout aux pétitionnaires et à leurs instigateurs, qui pourraient en tirer des dividendes politiques et financiers. Certains signataires auraient reçu des fonds pour s’opposer aux bureaux du Parlement. Les instigateurs espèrent remplacer Kamerhe et Lukonde par des alliés redevables.
Plus inquiétant, ce chaos pourrait fragiliser davantage la situation sécuritaire dans l’Est. La destitution de deux leaders originaires des provinces de l’Est – Vital Kamerhe du Sud-Kivu et Sama Lukonde du Katanga – pourrait être perçue comme une provocation et accentuer les tensions, notamment face à la rébellion du M23. Des frustrations et des positions anti-régime pourraient ainsi se renforcer au sein de leurs bases électorales.
Dans un contexte où le pays a besoin d’un front uni pour faire face aux crises sécuritaires, cette lutte de pouvoir parlementaire apparaît comme un facteur de vulnérabilité pour la RDC.
Charles Mapinduzi
