RDC : Jusqu’où ira le bras de fer entre le régime Tshisekedi et l’Église catholique ?

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L’escalade entre le pouvoir en place à Kinshasa et l’Église catholique semble loin de s’estomper. Bien que la guerre reste larvée, le régime ne voit pas d’un bon œil les prises de position de la confession religieuse romaine, qui, parfois, embarrassent les dirigeants.

Il y a quelques mois, après des attaques verbales contre Mgr Fridolin Ambongo et l’archevêque de Kinshasa, une invitation judiciaire avait même été adressée au cardinal congolais. Le gouvernement lui reprochait de multiplier des sorties médiatiques incendiaires, alors que le pays était déjà plongé dans une crise sécuritaire liée au M23.

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En décembre 2024, alors qu’il était en tournée à Mbuji-Mayi, dans l’espace Grand Kasaï, Félix Tshisekedi avait directement visé les pasteurs de l’Église catholique. Face au M23 qui déstabilise l’est du pays, le président congolais avait insinué que certains évêques et leurs opposants politiques étaient complices des agresseurs.

« Les opposants ne disent rien quand les FARDC avancent. Ce sont eux les ennemis. Les autres ennemis du Congo sont en soutanes. Ce sont des sorciers et je mettrai fin à cette sorcellerie », avait-il lancé.

Malgré ces attaques, les princes de l’Église romaine sont restés inébranlables. D’ailleurs, récemment, ils ont initié, en collaboration avec les pasteurs de l’Église protestante, une démarche visant à apaiser les tensions sécuritaires dans le pays. Bien que saluée par de nombreux observateurs, cette initiative a été critiquée par les partisans du pouvoir. Le chef de l’État a affirmé ne pas les avoir mandatés. Plus loin, la CENCO et l’ECC ont été accusées de comploter contre la République, notamment après leur rencontre avec Corneille Nanga (chef de l’Alliance Fleuve Congo/AFC, principale composante du M23) et Paul Kagame, le président rwandais, soupçonné d’être l’instigateur de l’agression contre le Congo.

Une énième provocation ?

Le ping-pong entre le pouvoir et l’Église catholique ne s’est pas arrêté là. Kinshasa a continué de semer des obstacles sur le chemin des prêtres catholiques.

Mercredi dernier, à Lubumbashi, dans le Haut-Katanga, l’abbé Donatien Nshole a vu son passeport saisi par la Direction générale de migration (DGM) à l’aéroport de Luano, avant qu’il ne soit restitué après une longue pression. Le secrétaire général de la CENCO, ainsi que d’autres prêtres de la CENCO, devaient prendre un vol pour Kinshasa en vue d’une rencontre avec le président congolais Denis Sassou Nguesso, dans le cadre du pacte social pour la paix.

« C’est une provocation que l’Église ne peut accepter. Le passeport ne lui a été restitué qu’après plusieurs interventions », a dénoncé Mgr Fulgence Muteba, président de la CENCO.

L’acte a également été fortement critiqué dans l’opinion congolaise. Bienvenue Matumo, du mouvement Lutte pour le changement (LUCHA), par exemple, a fustigé « un régime aux abois ».

« S’attaquer à l’Église catholique par les intimidations à l’endroit de Mgr Donatien Nshole est un signe d’un régime qui se désintègre. Je dénonce fermement ces actes d’intimidation contre ceux qui portent une initiative capable de ramener la paix et mettre fin à la guerre », a-t-il écrit.

Un combat risqué

Le régime de Kinshasa semble prêt à en découdre avec l’Église romaine. Mais espère-t-il gagner cette manche ? Rien n’est certain.

En effet, l’histoire récente de la République Démocratique du Congo rappelle qu’aucun régime n’a pu triompher des catholiques. Ni Mobutu, ni Joseph Kabila, pourtant maîtres du pouvoir, n’ont réussi à faire plier l’Église.

Sous Mobutu, Mgr Malula avait été contraint à l’exil avant de revenir au pays, protégé par le Vatican. À la fin du régime Kabila, un bras de fer entre l’Église catholique et le pouvoir s’était intensifié : marchés étouffés dans des paroisses, prêtres interpellés ou brutalisés, etc. Cependant, le président congolais de l’époque a fini par céder sous la pression populaire, largement soutenue par l’Église.

La bataille lancée par le gouvernement Tshisekedi paraît ainsi risquée, d’autant plus que le pays est déjà déchiré par le conflit alimenté par le M23. Une guerre interne, en particulier contre la puissante Église catholique, pourrait exacerber une situation déjà explosive.

Kilemasi Muhindo

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