Lors d’un briefing presse tenu lundi 30 décembre à la RTNC1, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a exprimé ses préoccupations face à la mise en œuvre du règlement 2023/1115 de l’Union européenne, connu sous le label « Zéro déforestation ». Ce règlement impose des restrictions sur l’entrée sur le marché européen de produits agricoles, dont le café et le cacao, en exigeant des certifications prouvant qu’ils ne contribuent pas à la déforestation.
Adopté par le Parlement et le Conseil européens le 31 mai 2023, ce texte devait initialement entrer en vigueur le 30 décembre 2024. Toutefois, la Commission européenne a repoussé son application au 31 décembre 2025, accordant ainsi aux exportateurs et producteurs davantage de temps pour se conformer aux exigences.
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La RDC face aux exigences européennes
Julien Paluku a rappelé que la République démocratique du Congo, avec ses 80 millions d’hectares de terres arables et 155,5 millions d’hectares de forêts, est un acteur clé dans la lutte contre les changements climatiques mondiaux. Il a souligné que la RDC enregistre un faible taux de déforestation annuelle, soit 0,03 %, tout en rappelant que les émissions de gaz à effet de serre proviennent principalement des grandes puissances industrielles.
Selon lui, l’accusation de déforestation portée contre les produits agricoles congolais, notamment le café et le cacao, est injustifiée. « Ces cultures pérennes sont favorables à l’agroforesterie et participent au maintien du couvert végétal », a-t-il déclaré, appelant l’Union européenne à éviter les amalgames susceptibles de nuire aux exportations congolaises.
Les enjeux géopolitiques et sécuritaires
Le ministre a également évoqué l’impact de l’insécurité dans l’Est du pays, alimentée par des groupes armés soutenus par des pays voisins, qui facilitent la fraude et le pillage des ressources congolaises, y compris le café et le cacao. Selon lui, sanctionner ces produits reviendrait à jouer en faveur de ces acteurs malveillants.
« L’Union européenne ne doit pas tomber dans le piège tendu par ces pays voisins qui insécurisent la RDC pour profiter de nos ressources », a averti Julien Paluku.
Les mesures envisagées par le gouvernement
Pour garantir l’accès des produits congolais au marché européen, le ministre a annoncé plusieurs actions :
1. Organisation d’une tripartite entre le gouvernement, l’Union européenne et la MONUSCO pour clarifier les termes du règlement.
2. Renforcement des dispositifs de certification nationaux en collaboration avec l’Office congolais de contrôle.
3. Mise en place de zones économiques spéciales pour encourager la transformation locale, notamment au Nord-Kivu et à Kinshasa.
4. Diversification des débouchés vers les marchés asiatiques et américains grâce à l’AGOA.
Un plaidoyer pour une coopération équitable
Julien Paluku a réaffirmé l’engagement de la RDC à respecter les normes environnementales internationales tout en défendant les intérêts des petits producteurs congolais. « Nous sommes prêts à accueillir les enquêteurs européens pour certifier la conformité de nos produits », a-t-il assuré.
Dans un contexte où l’Union européenne reste un partenaire stratégique, le ministre a appelé à un partenariat gagnant-gagnant pour promouvoir une agriculture durable, compatible avec la protection de l’environnement et la diversification économique du pays.
Avec cette intervention, le gouvernement congolais affirme sa volonté de défendre son secteur agricole tout en répondant aux défis environnementaux mondiaux.
Gilbert Ngonga
