Le 28 octobre 2013 restera gravé dans la mémoire collective congolaise comme l’un des jours de gloire des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Ce jour-là, sous la conduite du colonel Mamadou Ndala, l’armée nationale reprenait la base stratégique de Rumangabo, au Nord-Kivu, aux mains des rebelles du M23. Appuyées par la brigade d’intervention de la Monusco, les troupes congolaises infligèrent une lourde défaite à la rébellion, contrainte de fuir en abandonnant armes, munitions et illusions de victoire. L’historien Benjamin Babunga, dans son récit de ce moment historique, qualifie cette victoire de tournant décisif de la guerre de 2013, scellant la fin d’une insurrection qui avait semé la terreur dans l’Est du pays.
Deux jours plus tard, les succès militaires se sont enchaînés : Bunagana tombait à son tour, consacrant la débâcle du M23. La scène de Mamadou Ndala triomphant à l’entrée de la ville restera emblématique d’une armée congolaise regagnant son honneur et la confiance du peuple. Même Martin Kobler, représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU à l’époque, n’avait pas hésité à proclamer la fin du Mouvement du 23-Mars en tant que force militaire. La RDC semblait alors avoir tourné la page de cette rébellion, soutenue par le Rwanda, après des mois de combats acharnés et d’immenses sacrifices humains.
Accédez aux informations importantes avant tout le monde
Mais douze ans plus tard, l’histoire semble se répéter. En octobre 2025, la même base de Rumangabo est de nouveau occupée par le M23, désormais mieux équipé, mieux organisé, et soutenu par des forces étrangères selon Kinshasa. La République démocratique du Congo se retrouve face à un douloureux retour en arrière : celle d’une victoire d’hier devenue symbole d’un échec d’aujourd’hui. Les FARDC, qui avaient jadis repris l’initiative, peinent aujourd’hui à inverser le rapport de force, malgré la multiplication des appels à la solidarité internationale.
La question se pose dès lors avec acuité : que manque-t-il à la RDC pour rééditer l’exploit de 2013 ? Est-ce le leadership militaire, la cohésion nationale ou la volonté politique qui fait défaut ? Alors que les combats s’intensifient dans le Rutshuru et le Masisi, l’ombre de Mamadou Ndala plane encore sur une armée en quête de repères et de victoire. L’esprit de Rumangabo 2013 pourrait-il renaître dans un contexte régional bien plus complexe et polarisé ? Douze ans après le triomphe, Rumangabo reste un symbole, mais aussi un rappel amer que l’histoire, quand elle n’est pas maîtrisée, finit toujours par se répéter.
Charles Mapinduzi
