Le mardi 3 mars 2026, un nouvel éboulement a frappé le site minier de Gasasa, à Rubaya, dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Selon des sources locales, plus de 200 personnes pourraient avoir perdu la vie, principalement des creuseurs artisanaux et quelques petits commerçants. Si le drame touche directement les communautés locales, il a également des conséquences importantes pour le M23 et son allié, le Rwanda. La disparition de centaines de creuseurs réduit temporairement la production minière, menaçant les revenus de la rébellion qui tire plusieurs milliers de dollars par mois de Rubaya.
Rubaya demeure une mine stratégique, riche en coltan, tantale, or et autres minerais. Ces revenus servent à financer les opérations militaires du M23 et alimentent indirectement l’économie rwandaise. Même si le M23 contrôle d’autres sites miniers générateurs de recettes, la perte soudaine de main-d’œuvre qualifiée constitue un coup dur pour ses activités. Le ralentissement de la production peut avoir des répercussions financières immédiates, obligeant la rébellion à recruter et former de nouvelles équipes pour compenser ces pertes.
Ce nouvel accident survient alors que Washington a annoncé, le 2 mars, des sanctions contre Kigali et certains officiers de la RDF. Ces mesures visent à limiter le soutien du Rwanda aux rebelles et à bloquer certains flux financiers. Selon le professeur Jean-Jacques Wondo, expert militaire, ces sanctions compliquent l’achat et la maintenance d’équipements militaires occidentaux, même si elles n’empêchent pas immédiatement les opérations sur le terrain, car le Rwanda a diversifié ses partenaires et reste actif militairement.
Pour le M23, la combinaison des éboulements répétés et de la pression internationale crée une double contrainte. Chaque perte humaine réduit directement les revenus tirés de l’exploitation artisanale et peut limiter la capacité du groupe à financer ses opérations. Même si le M23 reste alimenté par d’autres mines, la répétition des catastrophes augmente les coûts logistiques et fragilise sa main-d’œuvre sur le moyen terme.
Le drame de Rubaya met également en évidence les enjeux pour la RDC. Avant la prise de contrôle par le M23, une partie des revenus miniers échappait déjà à l’État. Aujourd’hui, la perte du site constitue un double problème, humain et économique. La RDC cherche à mobiliser le soutien international pour reprendre le contrôle de Rubaya, et l’inclusion de la mine dans l’accord minier stratégique RDC-USA constitue un levier diplomatique pour renforcer la pression sur Kigali et sécuriser les ressources congolaises.
Sur le plan militaire, le M23 pourrait ressentir les effets indirects de cette tragédie. La diminution de la production minière entraîne moins de fonds pour l’achat d’armes et le paiement de ses combattants. Même si le groupe contrôle d’autres sites, Rubaya reste un symbole stratégique et financier. La rébellion pourrait être contrainte de ralentir certaines opérations ou de concentrer ses efforts sur d’autres zones plus rentables.
Il est évident que les victimes sont des Congolais contraints de vivre sous le joug de la rébellion. Mais il faut également noter que chaque catastrophe entraîne un lourd tribut humain et menace la stabilité des revenus de la rébellion. Pour le M23 et le Rwanda, ces pertes cumulées aux sanctions américaines constituent un signal non négligeable, indiquant que la situation pourrait affecter la capacité financière et militaire du groupe armé, du moins sur le moyen terme.
Jean Ngaviro