En début de semaine, les autorités américaines ont annoncé des sanctions contre l’armée rwandaise et quatre officiers des Rwanda Defence Force (RDF). Washington les accuse d’être impliqués dans la déstabilisation de l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Les États-Unis ont également exigé le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais ainsi que la fin de tout soutien aux rebelles du Mouvement du 23 mars (M23).
Dans le même temps, la pression militaire s’est intensifiée après la neutralisation de Willy Ngoma, porte-parole du mouvement, lors d’une opération de drone ciblée menée par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).
Malgré ces pressions diplomatiques et militaires, la situation sur le terrain demeure tendue. Le dimanche 1er mars, des tirs de drones ont de nouveau visé l’aéroport de Kisangani, dans la province de la Tshopo. Plusieurs observateurs y voient une provocation supplémentaire, alors que des efforts diplomatiques sont en cours. Kinshasa accuse Kigali et le M23 de saboter les engagements pris dans le cadre des discussions politiques, notamment celles soutenues par Washington.
Loin d’un retrait des zones sous son contrôle, comme l’exigent les partenaires internationaux, le M23 affiche plutôt des signes de renforcement. Le lundi 2 mars 2026, le mouvement a présenté, à Rumangabo, dans le territoire de Rutshuru, plus de 1 500 nouvelles recrues. Selon le groupe armé, ces éléments ont achevé leur formation militaire et s’apprêtent à intégrer des unités spéciales mobiles.
La cérémonie s’est tenue en présence de Sultani Makenga, chef militaire du mouvement, pourtant annoncé mort ou grièvement blessé quelques jours plus tôt lors d’une attaque de drone à Masisi. Cette apparition publique a été interprétée comme un message de défi.
Dans son intervention, le chef rebelle a de nouveau critiqué le président Félix Tshisekedi et l’armée congolaise, les accusant de s’en prendre aux civils. Sur le terrain, les rebelles consolident leurs positions autour de plusieurs localités proches de la zone minière de Rubaya, ainsi que dans le territoire de Walikale, notamment vers Kibati. Des sources locales évoquent un renforcement significatif des troupes, traduisant une posture résolument offensive malgré les sanctions et les appels à la désescalade.
En définitive, malgré les sanctions et les mises en garde, le M23 et son présumé soutien rwandais ne semblent pas disposés à déposer les armes. La question demeure : assiste-t-on à un défi lancé aux États-Unis et à la communauté internationale, qui espèrent une désescalade rapide ?
Les sanctions américaines suffiront-elles à infléchir la dynamique militaire sur le terrain ou Washington devra-t-il durcir sa position diplomatique et économique ? Et quelles seraient les conséquences d’un éventuel entêtement de Kigali et du M23 ? Autant d’interrogations qui restent, à ce stade, sans réponse claire.
Jean Ngaviro