25 Janvier 2025 – 26 janvier 2026, cela fait exactement une année depuis que la ville de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, est tombée aux mains du M23. Ce jour-là, les rebelles ont engagé des combats intenses en pleine agglomération, qui ont oris 3 à 4 jours, soit du 26 au 30 janvier. Un événement majeur qui a profondément marqué les habitants, bouleversé l’équilibre du conflit dans l’Est de la RDC et laissé une blessure encore ouverte dans la mémoire collective congolaise.
Après avoir franchi un à un tous les verrous militaires autour de la ville, les rebelles ont lancé la conquête de la ville. Malgré la résistance des FARDC, appuyées par les Wazalendo et les forces de la SADC, la situation a fini par basculer en faveur des assaillants : Goma est tombée. Un an plus tard, Kinshasa n’a jamais réussi à reprendre la ville. Pire, le M23 a, depuis, étendu son contrôle jusqu’à Bukavu et dans plusieurs zones du Sud-Kivu.
Lors de ces combats, les autorités congolaises avaient évoqué un bilan de 8 000 morts, un chiffre qui n’a jamais été confirmé par des sources indépendantes. Sur place, les habitants parlent surtout d’un chaos total, d’une bataille jugée incompréhensible dans une ville de plus d’un million d’habitants, déjà considérée comme indéfendable après la chute des positions avancées : « Jamais je n’oublierai ces trois jours de bataille. Une année après, j’ai toujours du mal à pardonner les deux belligérants. Une telle bataille dans une ville que tout le monde savait indéfendable…Des sorciers ! », témoigne un habitant de Goma.
Un autre résident se souvient avec amertume : « Ainsi sombrait la ville de Goma alors qu’il y avait moyen d’empêcher cela. Hommage à Vital Kamerhe qui avait vite compris que le dialogue était l’unique solution. Je n’ai jamais oublié ce moment fort… une situation intenable », dit-il.
Le dernier jour avant la chute
Dans un récit détaillé, le journaliste Fiston Mahamba décrit l’atmosphère lourde qui régnait à Goma le samedi 25 janvier 2025, veille du déclenchement de la bataille finale. Dans les quartiers résidentiels comme Himbi, Kyeshero, les Volcans ou Virunga, le calme apparent régnait. C’était un samedi de salongo, jour de travaux communautaires, et les activités administratives se limitaient à la matinée. Au centre-ville, la circulation restait normale, mais l’inquiétude était visible sur les visages. La veille déjà, tous les verrous militaires autour de Goma étaient tombés. Le gouverneur du Nord-Kivu était tué à Kasengeti, sur l’axe de Sake, et les combats se rapprochaient dangereusement de la ville.
Les organisations humanitaires et internationales avaient commencé à évacuer leur personnel. Les hôpitaux étaient saturés de blessés en provenance des lignes de front. Plusieurs écoles situées en périphérie, comme l’École du Cinquantenaire ou Kivu International School, avaient demandé aux parents de garder les enfants à la maison, traumatisés par les explosions venant de Mubambiro, une importante base des FARDC et de leurs alliés.
Le même jour, des blindés de l’ONU étaient ciblés sur les lignes de front. L’armée sud-africaine annonçait ses premiers morts, aussi bien parmi les Casques bleus de la MONUSCO que dans le contingent de la SAMIDRC déployé par la SADC. Aux frontières (avec le Rwanda), la panique était totale. Les documents migratoires étaient épuisés dans tous les bureaux de la DGM. Même les laissez-passer de trois jours, habituellement vendus à 5 dollars, étaient introuvables, même à 50 dollars. Les traversées vers Gisenyi, au Rwanda voisin, devenaient interminables.
Au port Bisengimana, sur le lac Kivu, tous les bateaux affichaient complet. Les familles se disputaient les dernières places pour fuir la ville, par le Rwanda ou par le lac. Quelques privilégiés avaient pu quitter Goma par avion le samedi, avant que l’aéroport ne cesse de fonctionner le lendemain. Malgré ce climat de tension, Kinshasa continuait d’affirmer que Goma ne tomberait pas, assurant que toutes les dispositions étaient prises pour éviter un bain de sang.
Le soir du samedi, le vice-gouverneur Rémy Ekuka, qui avait pris les rênes de la province après la mort du général Peter Chirimwami, appelait la population au calme. Il assurait que les forces de sécurité étaient engagées dans la défense de la ville : « Sur instruction du chef de l’État, tous les militaires, policiers et Wazalendo sont consignés et engagés armes à la main dans la défense de la ville de Goma. La patrie ou la mort », déclarait-il.
Ce message sera son tout dernier. Quelques heures plus tard, des vidéos circulaient montrant les autorités provinciales fuyant Goma la nuit vers Bukavu, abandonnant leurs troupes sans consignes claires. Un an après la chute de Goma, la ville reste sous contrôle du M23, et le conflit a pris une dimension encore plus grande. Pour les habitants, le temps n’a pas effacé la douleur, ni les questions sans réponses. La chute de Goma demeure un symbole d’échec, de désillusion et de traumatisme, mais aussi un rappel du prix payé par les civils dans cette guerre qui n’en finit pas.
Jean Ngaviro