Il y a 65 ans, Emery Patrice Lumumba disparaissait, laissant derrière lui l’héritage d’un combat pour la souveraineté et l’émancipation de la République démocratique du Congo.
Premier Premier ministre du pays, il a payé de sa vie son engagement pour l’indépendance, avant d’être assassiné à Lubumbashi le 17 janvier 1961.
Un martyr incontestable
Selon l’historien Benjamin Babunga, tout commence le 1er décembre 1960, lorsque Patrice-Emery Lumumba est capturé alors qu’il tente de rejoindre Stanleyville (Kisangani) par des éléments de Joseph-Désiré Mobutu, chef d’état-major de l’armée congolaise.
Lors de son transfert vers Léopoldville (Kinshasa), Lumumba n’est déjà plus traité comme un homme. L’image du soldat le saisissant par les cheveux et le forçant à regarder les caméras restera gravée dans les mémoires. À Léopoldville, un transfert vers le Fort de Shinkakasa à Boma (Bas-Congo) est initialement prévu. Mais aux petites heures du 17 janvier, le plan change : Lumumba et deux de ses compagnons, Maurice Mpolo et Joseph Okito, sont conduits par avion à Élisabethville (Lubumbashi).
Pendant le trajet, les gardes congolais, alcoolisés au whisky, le frappent violemment, au point que le commandant de bord belge doit intervenir pour prévenir un accident. À l’atterrissage, ils sont livrés aux autorités locales katangaises, humiliés et ligotés, avant d’être exécutés sommairement.
Selon les témoignages et documents historiques, leur corps fut mutilé et dissous dans de l’acide. Bien que les circonstances exactes de sa mort n’aient jamais été complètement élucidées, il est reconnu que l’État belge a participé à plusieurs niveaux à cet assassinat.
L’État belge a présenté des excuses en 2003, jugées par beaucoup trop timides et sans suite judiciaire contre les responsables.
Un combat mémorable pour l’indépendance et le panafricanisme
Patrice Lumumba a été l’un des artisans centraux de l’indépendance du Congo face au colonialisme belge. Il a revendiqué la souveraineté totale du pays et dénoncé les injustices du système colonial. Capable de mobiliser les masses, il a réussi à rassembler diverses ethnies et classes sociales autour d’un projet national commun.
Sur le plan africain, Lumumba croyait en l’unité du continent et en la nécessité de lutter collectivement contre l’impérialisme et le néocolonialisme. Il a côtoyé des leaders panafricains et soutenu les mouvements d’indépendance dans toute l’Afrique. Il s’est également efforcé de faire entendre la voix africaine sur la scène internationale, prônant la coopération entre nations africaines et le rejet des ingérences étrangères.
Socialiste dans ses idées, il défendait la redistribution des richesses et des réformes pour améliorer les conditions de vie des Congolais. Bien que son rêve ait été brutalement interrompu par sa mort, son héritage continue d’inspirer de nombreux mouvements panafricains et nationalistes.
Soixante-cinq ans après, les idées de Lumumba influencent encore le débat sur la souveraineté, la justice sociale et l’unité africaine. Son combat est fréquemment cité dans les discussions sur le néocolonialisme et les droits humains en Afrique.
En un mot, Patrice Lumumba reste une figure emblématique de la lutte pour l’indépendance de la RDC et du panafricanisme, laissant un héritage complexe qui interpelle toujours sur les dynamiques de pouvoir en Afrique.
Charles Mapinduzi