En République démocratique du Congo, la question de la Constitution revient avec insistance dans le débat public. Mais cette fois, il ne s’agit plus simplement d’ajustements techniques ou de révisions ponctuelles. Dans les couloirs du pouvoir comme dans les cercles politiques, l’idée d’un changement de Constitution semble progressivement s’installer, sans être toujours assumée ouvertement.
Du côté de l’Union sacrée, on défend une démarche de modernisation des institutions. Plusieurs responsables expliquent que la Constitution actuelle, adoptée en 2005, ne répondrait plus totalement aux réalités du pays. L’argument peut s’entendre. Mais dans un contexte politique tendu, il ne suffit pas à dissiper les soupçons.
Une loi sur le référendum qui soulève plus de questions qu’elle n’en résout
C’est surtout la proposition de loi sur le référendum, examinée à l’Assemblée nationale, qui a ravivé les inquiétudes. Officiellement, il est question de mieux encadrer ce mécanisme de démocratie directe, longtemps resté peu utilisé et juridiquement incomplet.
Mais dans les faits, beaucoup y voient une pièce manquante que le pouvoir cherchait à installer pour compléter un dispositif plus large. Car sans cadre clair du référendum, difficile d’envisager un changement profond de la Constitution.
Le débat ne porte donc plus seulement sur le texte de loi en lui-même, mais sur ce qu’il pourrait permettre demain.
Une opposition qui crie à la manœuvre politique
Face à cette dynamique, l’opposition n’a pas tardé à réagir. Le ton est monté rapidement.
Dans les rangs de Lamuka, certains parlent sans détour de «coup constitutionnel ». Des proches de Martin Fayulu estiment que cette initiative cache une volonté de remettre en cause des équilibres fondamentaux, notamment sur la question sensible des mandats.
Même son de cloche chez Moïse Katumbi, qui appelle à la vigilance, tandis que les partisans de Joseph Kabila dénoncent, eux aussi, une tentative de redéfinir les règles du jeu politique.
Pour ces acteurs, le problème n’est pas tant juridique que politique : changer la Constitution aujourd’hui, c’est le faire dans un climat où la confiance est déjà fragilisée.
Au sein de la majorité, entre adhésion et prudence
Du côté de la majorité présidentielle, le discours officiel reste maîtrisé. Des figures comme Patrick Muyaya Katembwe appellent à éviter les procès d’intention et insistent sur la nécessité d’un débat apaisé.
Mais en interne, tout le monde ne semble pas totalement à l’aise. L’Union sacrée est une coalition large, traversée par des intérêts parfois divergents. Certains cadres préfèrent rester prudents, conscients que toucher à la Constitution peut ouvrir des équilibres difficiles à maîtriser.
Ce mélange de soutien affiché et de réserve silencieuse en dit long sur la sensibilité du sujet.
2005 : un précédent difficile à reproduire
Le contraste avec le Référendum constitutionnel de 2005 en République démocratique du Congo est frappant.
À l’époque, le pays sortait d’une période de transition. La nouvelle Constitution incarnait un espoir collectif, celui de tourner la page des conflits et de poser les bases d’un État stable. Le référendum avait été largement soutenu.
Aujourd’hui, le contexte est tout autre. La classe politique est profondément divisée, et la méfiance s’est installée. Là où il y avait un consensus en 2005, il y a désormais une confrontation.
Plus qu’un débat juridique, une crise de confiance
Au fond, ce débat dépasse largement la question du droit constitutionnel. Il touche à un problème plus profond : la confiance entre les acteurs politiques et, au-delà, entre les institutions et les citoyens.
Beaucoup s’interrogent : est-ce vraiment le moment de toucher à la Constitution alors que les priorités du pays restent ailleurs ?
Cette interrogation, largement partagée dans l’opinion, renforce l’idée que la question constitutionnelle pourrait devenir un facteur de tension plutôt qu’un levier de réforme.
Un tournant à manier avec précaution
La RDC se trouve aujourd’hui à un moment délicat. L’idée d’un changement de Constitution, qu’elle soit assumée ou progressive, ouvre une séquence politique sensible.
Dans un pays où l’histoire politique a souvent été marquée par des tensions autour des règles du pouvoir, toute initiative de cette nature exige un minimum de consensus et de transparence.
À défaut, le référendum, présenté comme un outil de souveraineté populaire, pourrait bien devenir le point de départ d’une nouvelle crise politique.
Gilbert Ngonga