Au Kasaï-Central, l’allaitement exclusif et l’utilisation de produits locaux constituent des armes efficaces contre la malnutrition infantile. Témoignage d’une mère de famille et éclairage d’un expert en santé publique.
« Riz, arachides et chenilles » : le secret d’Esther Lusamba
Esther Lusamba, mère de six enfants, vit à Kananga. Âgée d’une trentaine d’années, elle affirme que tous ses enfants sont en bonne santé grâce à un encadrement attentif dès leur naissance.
Durant les six premiers mois, elle pratique l’allaitement maternel exclusif, conformément aux recommandations médicales et aux sensibilisations diffusées sur les radios locales.
Dans sa cuisine modeste, Esther sort un petit panier où sont soigneusement rangés du riz, des arachides et des chenilles séchées.
« Une fois que l’enfant atteint six mois, je prépare un mélange de riz, chenilles et arachides. Ce sont des aliments légers que l’estomac du bébé supporte bien, toujours accompagnés du lait maternel », confie-t-elle avec assurance.
Lorsqu’ils approchent de l’âge d’un an, elle ajoute progressivement des légumes tels que les amarantes et les feuilles de manioc.
« J’évite souvent les feuilles de patates car elles sont à l’origine de diarrhées. Avec cette méthode, tous mes enfants ont grandi en bonne santé », insiste-t-elle, un sourire aux lèvres en regardant jouer ses cadets dans la cour.
La malnutrition, un défi encore présent
Pour Benjamin Kapena Kadiebue, expert en santé publique, la malnutrition chez l’enfant prend plusieurs formes : aiguë modérée, sévère ou chronique. La principale cause, selon lui, est une alimentation pauvre en nutriments.
« Manger à satiété veut souvent dire remplir son ventre avec beaucoup de nourriture mais pauvre en nutriments. Ce sont les nutriments qui nourrissent réellement le corps. Bien se nourrir, c’est apporter à l’organisme protéines, vitamines, minéraux et énergie », explique-t-il.
Valoriser les produits locaux
Après l’allaitement exclusif de six mois, l’enfant doit recevoir une alimentation complémentaire équilibrée. L’expert encourage l’utilisation des produits locaux riches et disponibles : haricots, soja, arachides, patates douces, bananes plantains et autres légumineuses. Les légumes verts tels que les feuilles de manioc, les amarantes et les feuilles de patates douces sont également recommandés.
« Nous encourageons les mamans à donner ce type d’aliments aux enfants. Les fruits comme les mangues, papayes, bananes ou oranges sont aussi essentiels car ils apportent des nutriments indispensables », ajoute Benjamin Kapena.
Les erreurs à éviter
Préparer des bouillies trop diluées, qui rassasient mais n’apportent pas assez de nutriments.
Donner chaque jour la même nourriture à l’enfant, sans variété.
Se tourner uniquement vers des produits importés, alors que les aliments locaux sont souvent plus riches et abordables.
Une leçon venue des mamans
À travers son témoignage, Esther Lusamba démontre que de simples recettes locales peuvent contribuer efficacement à la santé des enfants. Dans un contexte où beaucoup de familles peinent à diversifier les repas, son exemple rappelle que la lutte contre la malnutrition passe aussi par la valorisation des produits locaux disponibles quotidiennement sur les marchés du Kasaï-Central.
Fabrice Kabamba