Alors que la République démocratique du Congo traverse une crise multidimensionnelle, l’appel au dialogue ressurgit, ravivant une interrogation essentielle : constitue-t-il une issue historique ou une impasse annoncée ? Pour beaucoup de Congolais, les dialogues passés n’ont servi qu’à prolonger des régimes ou à produire des accords rarement appliqués. Mais cette vision, qui tend à disqualifier tout nouveau processus, néglige le rôle structurant que ces rencontres ont joué dans la construction politique du pays.
La Conférence nationale souveraine (1991-1992) : L’éveil des consciences
Sous la pression populaire et internationale, le Zaïre de Mobutu a ouvert la Conférence nationale souveraine. Premier grand moment de libération de la parole, la CNS a dressé un état des lieux de la nation et esquissé une transition démocratique en portant Étienne Tshisekedi à la primature. Si les luttes de pouvoir ont conduit à l’échec de cette transition, la portée symbolique fut immense : la démonstration qu’une alternative était possible.
Le Dialogue intercongolais (2002) : La paix au prix du compromis
Après des années de guerre, le Dialogue intercongolais de Sun City reste le plus grand succès en la matière. L’accord obtenu a instauré un gouvernement de partage du pouvoir et posé les bases de la Constitution de 2006. Sans lui, les premières élections démocratiques en plus de quarante ans n’auraient probablement pas eu lieu.
L’Accord de la Saint-Sylvestre (2016) : La diplomatie interne en action
Le Dialogue de la Cité de l’Union Africaine, jugé non inclusif, avait échoué. C’est l’intervention des évêques de la CENCO qui permit de rassembler les parties et de sceller l’Accord de la Saint-Sylvestre. Cet accord, malgré une mise en œuvre chaotique et des reports électoraux, demeure un exemple de solution congolaise à une crise politique majeure.
Le dialogue d’aujourd’hui : Nécessité ou illusion ?
Face aux tensions actuelles, le président Félix Tshisekedi se dit ouvert au dialogue, mais insiste sur une démarche souveraine, excluant les influences extérieures. Cette posture affirme une volonté d’appropriation nationale, mais l’histoire démontre que la réussite d’un dialogue repose avant tout sur son inclusivité.
Désormais, le dialogue ne peut plus se réduire à une redistribution de postes. Il doit devenir un espace de vérité et de justice, où les victimes sont entendues et les responsables — quels qu’ils soient — appelés à rendre compte. Ce n’est qu’à ce prix qu’il pourra restaurer la confiance et redonner dignité au peuple congolais.
En définitive, le dialogue n’est pas une panacée, mais une étape incontournable dans un processus de reconstruction nationale. Ses limites sont connues, mais son absence ouvre la voie au pire.
Guyvenant Misenge