L’ex-ministre congolais de la Justice, Constant Mutamba, est suspendu à son sort alors que le tribunal doit rendre son verdict d’ici la fin du mois d’août dans le dossier qui l’oppose au ministère public dans la présumée affaire de détournement de près de 20 millions de dollars du Trésor public.
Comme il l’a lui-même reconnu devant les juges, il s’agit du procès de sa vie, dont l’impact politique et social restera marqué, quelle que soit l’issue de la procédure en cours.
Un atterrissage en catastrophe
En intégrant de façon inattendue le gouvernement Suminwa, alors qu’il s’était porté candidat à la présidentielle contre Félix Tshisekedi, dont il avait critiqué la gouvernance, Constant Mutamba n’imaginait pas une chute aussi soudaine, et surtout pas de cette manière.
Ses derniers mots lors du procès traduisent son amertume et son désarroi d’être passé du rang de puissant ministre d’État à celui de prévenu :
« Aujourd’hui, cette justice que j’ai servie avec tant d’amour m’a arraché ma crédibilité, mon honneur, mon directeur de cabinet », a-t-il lâché, décontenancé.
Il y a quelques mois encore, Mutamba était au sommet, en tête dans certains sondages, résolu à affronter tous les « monstres », même ceux tapis dans l’ombre. Il avait notamment initié une action contre le procureur général près la Cour de cassation, soupçonné d’avoir détourné près d’un million de dollars. Ses prises de position, y compris face à la Première ministre Judith Suminwa, avaient déjà été jugées déconcertantes par une partie de l’opinion.
Paradoxalement, celui qui avait publiquement érigé Joseph Kabila en « patrimoine national » et « panafricaniste de haut rang » a accepté d’ouvrir un procès aux implications politiques, sécuritaires et sociales lourdes contre l’ancien chef de l’État.
Pour ses admirateurs, ces initiatives traduisaient un courage politique digne d’un « Lumumba ressuscité ». Pour ses détracteurs, elles relevaient davantage du populisme et de l’orgueil.
Un procès à valeur pédagogique
Pour ses partisans, le procès de Constant Mutamba a une dimension politique. Mais au-delà, il offre surtout une leçon pédagogique à la classe dirigeante congolaise.
Encore dans l’opposition, Mutamba dénonçait la « justice à double vitesse » utilisée par le pouvoir pour museler les faibles. Peu avant sa nomination, il promettait même de « l’humaniser » afin de faire vivre un véritable État de droit. Félix Tshisekedi lui-même avait déploré une justice « malade » nécessitant une « thérapie de choc ».
Pourtant, conscient de ces faiblesses, Mutamba n’a pas hésité à s’appuyer sur ce système pour cibler certains opposants, en particulier Joseph Kabila, dans ce qui avait tout d’un procès politique. Un an plus tard, cette même justice se retourne contre lui, au point de lui valoir le réquisitoire implacable du ministère public : dix ans de prison.
« Tu t’es appuyé sur une justice malade pour servir un individu en ouvrant des dossiers sans fondement. Voilà que cette même justice vient de t’attraper. Tu y as cru quand tu pensais qu’elle n’agissait que contre les autres. Tu dois donc en assumer les conséquences », a ironisé l’internaute Samuel Kwangiba après le réquisitoire.
Une leçon pour le pouvoir
L’affaire Mutamba illustre un principe intemporel : l’arme qu’on utilise contre les faibles peut toujours se retourner contre soi. Les détenteurs de pouvoir, actuels comme futurs, devraient garder à l’esprit que nul n’est intouchable et que la roue finit toujours par tourner.
Charles Mapinduzi