Cette révélation est faite par Jean Baptiste Lebo, ancien Secrétaire exécutif adjoint de la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL), organisation internationale créée le 20 septembre 1976. Dans une interview accordée à Netic News, mardi 12 août 2025, ce licencié en sciences commerciales et consulaires, ainsi qu’en sciences financières, et diplômé ingénieur commercial en Belgique, revient sur la décadence de cette organisation et se rappelle d’une phrase de Mobutu alors qu’il prenait ses fonctions : « Mobutu m’a demandé de faire attention à la frontière de l’ex-Zaïre avec ses voisins, car les problèmes du Zaïre viendraient par les frontières de l’Est ». Plus de trois décennies après, l’Est de la RDC est en proie à de nombreux conflits armés, souvent alimentés par les pays voisins.
Netic News : Quel était le secret de Mobutu pour la stabilité de l’Est ?
Jean Baptiste Lebo Mupepe (JBLM) : Je crois que c’était une grande œuvre de Mobutu. S’il a créé quelque chose, c’était l’unité de tout le pays. Nous nous sentions comme une grande nation et, pendant tout son règne, nous n’avons pas connu de graves problèmes de sécurité, à l’exception de certains incidents avec Scram et consorts au début de son mandat. Mobutu a également incité ses homologues à créer la CEPGL, qui a apporté une certaine stabilité : il n’était pas possible de créer de l’insécurité entre ces trois pays. Cependant, Mobutu avait conscience que des problèmes pouvaient surgir au Zaïre à partir des frontières de l’Est.
Avant mon départ pour Gisenyi, au Rwanda, j’ai été reçu par le président pour lui dire au revoir et recevoir ses instructions. Nous étions plusieurs ambassadeurs devant sa porte et j’ai été reçu le premier, ce qui montre l’importance qu’accordait le Maréchal à la CEPGL. Il m’a dit : « Vous allez là-bas, mais sachez que vous êtes Zaïrois. Si nous devons connaître les problèmes dans ce pays, cela viendra par les frontières de l’Est. »
Netic News : C’est Mobutu lui-même qui vous a dit cela ?
JBLM : Oui, c’est lui. Il m’a demandé de veiller à tout ce qui se passait à cette frontière et de l’informer directement. J’étais également rattaché au service de sécurité basé à Goma.
Netic News : Quel poste occupiez-vous à l’époque ?
JBLM : J’étais Secrétaire de direction (SD) et je m’occupais des problèmes financiers, économiques et techniques. Nous travaillions collégialement avec nos collègues rwandais et burundais, et malgré certaines accointances des Burundais et Rwandais avec des populations du bassin de Kagera, les choses se passaient bien. Mobutu connaissait cette pression potentielle et savait que cela pouvait représenter un danger pour le Zaïre.
Netic News : La création de la CEPGL avait-elle pour objectif principal la sécurité du Zaïre ?
JBLM : Oui, il s’agissait d’une intégration pour sécuriser d’abord le Zaïre. Mobutu connaissait très bien la situation pour avoir travaillé avec les Rwandais et Burundais. Certains étaient acceptés comme directeur de cabinet, tel que Bisengimana, et d’autres occupaient des bureaux politiques. Mais lorsque Mobutu s’est affaibli et que Laurent-Désiré Kabila est arrivé, tout cela s’est effondré.
Netic News : Était-ce le début de l’enfer pour la RDC ?
JBLM : Tout ce qui avait été construit pour garder la stabilité a été détruit. J’ai moi-même assisté à cette débâcle lors de l’entrée de l’AFDL, où nous avons été malmenés. Aujourd’hui, la RDC ne pourra jamais revenir à ce niveau de stabilité. Si le Maréchal était encore là, nous n’aurions jamais connu le pillage actuel des ressources. À l’époque, pour qu’un Rwandais ou un Burundais s’établisse au Zaïre, il fallait l’accord des chefs coutumiers. Mais maintenant, ces personnes occupent des postes sensibles dans nos institutions : Parlement, Gouvernement, sécurité et commerce.
Netic News : Y avait-il des garde-fous ?
JBLM : Non, sauf que l’on pouvait s’établir librement sans engouement. Même les Zaïrois ne profitaient pas autant que les Rwandais et Burundais, par exemple pour les crédits bancaires. Je me souviens d’un cas de Lengelo, un Zaïrois, qui avait demandé un crédit de 500 000 dollars et l’avait remboursé. Mais la plupart des facilités étaient accordées aux Burundais et Rwandais.
Netic News : Qui étaient cajolés ?
JBLM : Oui, parce que Mobutu recherchait la tranquillité. Il contrôlait bien ses voisins, sauf un petit problème avec le président burundais Bagaza, les Tutsis étant compliqués. Aujourd’hui, la RDC est largement influencée par les États de l’Est. Notre entrée dans la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) n’est pas forcément une bonne chose, car nous devons d’abord défendre nos intérêts. Nos banques dépendent de l’Est, ce qui est préoccupant, a conclu cet expert-comptable.
Rodriguez Kikamba