Sur qui le président Félix Tshisekedi pourra-t-il compter pour composer le gouvernement Suminwa remanié ? La question est sur toutes les lèvres dans les cercles politiques congolais. Depuis l’annonce d’une nouvelle équipe gouvernementale, les tensions s’intensifient au sein de l’Union sacrée, donnant lieu à une véritable guerre de repositionnement.
Une guerre de repositionnement acharnée
Dans les coulisses, plusieurs ministres en fonction redoutent d’être écartés. Chargés de traduire en actes le discours de campagne de Félix Tshisekedi de décembre 2023, certains peinent à justifier leur maintien, en raison d’un bilan jugé peu reluisant. Conscients de leur position fragile, ils multiplient les initiatives médiatiques pour redorer leur image et rallier un soutien populaire : vidéos, messages de propagande, déclarations de loyauté inondent les réseaux sociaux. Tous se réclament « soldats fidèles » du chef de l’État.
Parallèlement, certains cadres de l’Union sacrée, critiques à l’égard de la gestion gouvernementale actuelle, encensent les personnalités qu’ils estiment plus en phase avec la vision présidentielle. Une stratégie visant probablement à attirer l’attention de Tshisekedi et à se positionner pour une entrée dans la nouvelle équipe.
« Le chef de l’État doit nommer ceux qui sont restés dans sa vision et qui ont démontré leur loyauté totale. Pas ceux qui peuvent le trahir à la première occasion », a écrit sur les réseaux sociaux un cadre influent de l’UDPS.
L’inquiétude est d’autant plus grande que le futur gouvernement devrait s’ouvrir à certaines figures de l’opposition, réduisant les chances pour nombre de Tshisekedistes d’être reconduits.
Vers un gouvernement d’ouverture ?
Dans une tentative de décrispation politique en pleine crise multidimensionnelle, le président Tshisekedi a manifesté sa volonté de former un gouvernement d’ouverture. Des noms comme Adolphe Muzito ou Martin Fayulu sont ainsi évoqués avec insistance dans les cercles proches du pouvoir. Cette ouverture redessine les équilibres et accentue la fébrilité au sein de l’Union sacrée, où chacun tente de préserver ou d’arracher un portefeuille ministériel.
La frénésie actuelle trahit une conscience collective : peu seront reconduits, et encore moins désignés, dans la future équipe Suminwa. Les tractations vont bon train, entre lobbying discret et influence sur l’opinion publique, dans l’espoir de peser sur les choix présidentiels.
Une équipe éphémère ?
Selon certaines indiscrétions, le gouvernement remanié pourrait être dévoilé dès ce mercredi. Mais au-delà de sa composition, c’est sa durée de vie qui suscite déjà des interrogations. En effet, l’ouverture aux opposants est présentée par Félix Tshisekedi comme une réponse de court terme à la crise politique et sécuritaire. Or, sur le terrain, les signaux restent alarmants.
Ni les pourparlers de Doha, ni les efforts diplomatiques de Washington ne laissent présager une issue rapide au conflit armé dans l’Est du pays, notamment face à la menace persistante du M23. Pour de nombreux observateurs, seul un dialogue national inclusif, tel que proposé par la CENCO et l’ECC, semble en mesure d’apporter une solution durable.
Le spectre d’un dialogue inéluctable
Les partisans du dialogue plaident pour une large inclusion, y compris celle des adversaires historiques du régime, comme Joseph Kabila, Moïse Katumbi, voire même les représentants du M23. Dans ce contexte, la mise en place d’un gouvernement d’union nationale devient de plus en plus probable.
Si ce scénario venait à se concrétiser dans les semaines à venir, l’équipe Suminwa 2 ne serait alors qu’un gouvernement de transition. Certains ministres fraîchement nommés risqueraient de ne pas s’installer durablement, avant un remaniement plus profond et, potentiellement, une passation de témoin à la Primature.
Charles Mapinduzi